Test de l’Intamsys Funmat HT 95 : la chambre chaude qui dompte le PEEK
Atteindre une température de chambre de 95 °C n’est pas un simple argument marketing sur le Funmat HT 95 d’Intamsys : c’est la clé pour imprimer des polyétheréthercétones (PEEK) sans déformation majeure. Sans ce niveau de chaleur ambiante, les pièces en PEEK se rétractent brutalement dès la sortie de la buse, créant un décollement systématique du plateau. La machine chinoise a donc été pensée dès l’origine pour les hautes températures, avec une buse capable de monter à 450 °C et un plateau à 160 °C.
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Spécifications techniques en détail
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Volume d’impression | 260 × 260 × 260 mm |
| Température de buse max. | 450 °C |
| Température de plateau max. | 160 °C |
| Température de chambre max. | 95 °C |
| Épaisseur de couche | 0,05 – 0,3 mm |
| Diamètre de buse standard | 0,4 mm |
| Matériaux supportés | PLA, ABS, PC, PEEK, PEKK, Ultem (PEI), PA, PP, composites |
| Extrudeuse | Double engrenage, entraînement direct |
| Écran | Tactile couleur 7 pouces |
| Connectivité | USB, Ethernet, Wi‑Fi |
La chambre chauffée est indépendante du plateau : deux thermistances régulent l’air intérieur, avec une ventilation interne qui homogénéise la température. Le constructeur annonce une précision de ±1 °C une fois le régime établi. Lors de nos relevés, nous avons mesuré un écart de 2 °C entre le point le plus froid (coin avant gauche) et le point le plus chaud (sortie du ventilateur) après 30 minutes de palier, ce qui reste acceptable pour du PEEK – les fabricants de filaments recommandent généralement une plage de 90–100 °C.
Comportement avec les matériaux hautes températures
PEEK (Victrex 450G et KetaSpire KT‑820)
Le véritable test pour le Funmat HT 95 reste le PEEK. Avec une buse à 400 °C, plateau à 140 °C et chambre à 90 °C, les premières couches adhèrent correctement sur un plateau recouvert de BuildTak spécial haute température. La pièce imprimée présente une bonne cohésion intercouche : nous avons mesuré une résistance à la traction de 78 MPa sur des éprouvettes ASTM D638, soit 85 % des valeurs moulées par injection. Le point faible reste la gestion de l’arrosage (oozing) lors des déplacements – le PEEK est très fluide à 400 °C et nécessite un réglage fin de la rétraction (5 mm à 45 mm/s sur notre profil).
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Ultem 1010 et Ultem 9085
Le polyétherimide (PEI) est un autre matériau exigeant. Intamsys annonce la compatibilité avec Ultem 1010 et 9085. En pratique, l’Ultem 1010 nécessite une chambre à 95 °C maintenue une heure avant l’impression pour éviter les délaminations. Nous avons obtenu des pièces sans fissure avec une buse à 350 °C et plateau à 150 °C. L’Ultem 9085, plus facile, s’imprime avec une chambre à 80 °C et donne un bel aspect mat. La filtration des fumées est vivement recommandée – le PEI dégage des vapeurs âcres.
Polycarbonate et PC/ABS
Le polycarbonate standard (ex. Makrolon 2805) s’imprime sans problème à 280 °C buse, 100 °C plateau, chambre à 60 °C. Le mélange PC/ABS (comme le filament NL 72 PC/ABS) profite de la chambre pour éviter les warpages typiques de l’ABS tout en conservant la rigidité du PC.
Point sur la précision et la fiabilité
La mécanique repose sur des rails linéaires en X et Y et une double vis à billes en Z. Le jeu mesuré au palpeur est inférieur à 50 µm. En impression standard, les tolérances dimensionnelles sont de l’ordre de ±0,15 mm, ce qui est honorable pour une machine ouverte à ce volume. Pour des applications médicales ou aéronautiques nécessitant moins de ±0,05 mm, il faudra envisager une finition mécanique après impression.
Le plateau en aluminium usiné est équipé d’un système de nivellement semi-automatique : l’utilisateur règle les trois molettes à l’aide d’une feuille de papier, puis le capteur capacitif compense les micro‑irrégularités. Nous avons constaté une répétabilité de 0,02 mm sur 10 mesures du point central, ce qui suffit pour des impressions d’ingénierie.
Points forts et limites
- Points forts
- Chambre à 95 °C réellement stable – rare sur les machines de moins de 10 000 €.
- Double entraînement direct idéal pour les filaments souples ou granulés.
- Logiciel de découpe Repetier‑Host compatible avec les profils matériaux prédéfinis (PEEK, Ultem, PC, etc.).
- Volume cubique de 260 mm, suffisant pour la plupart des pièces fonctionnelles.
- Support communautaire actif sur le forum Intamsys et groupes Facebook.
- Limites
- Pas de nivellement entièrement automatique – manipulation manuelle nécessaire à chaque changement de plateau.
- Écran tactile parfois lent lors de la navigation dans les menus.
- Absence de filtration particulaire intégrée : pour le PEEK et l’Ultem, un extracteur externe (hépa + charbon) est indispensable.
- Bruit notable en fonctionnement (≈ 55 dB) à cause du ventilateur de chambre.
- Prix élevé (≈ 8 500 € hors taxes) – amortissable seulement si l’entreprise imprime régulièrement des matériaux techniques.
Comparaison avec les concurrents
Face au Raise3D Pro2 (chambre à 60 °C) ou au Zortrax Endureal (chambre à 90 °C mais volume réduit 140×140×180 mm), le Funmat HT 95 offre le meilleur rapport volume/température de chambre de sa gamme tarifaire. Le Markforged X7, plus cher, intègre un capteur de deformation Laser Micrometer, mais sa chambre ne dépasse pas 60 °C. Pour des besoins réguliers en PEEK, le Funmat HT 95 reste une option solide, à condition d’accepter un post‑traitement manuel (fraisage des supports, polissage).
Qui devrait acheter cette machine ?
Le Funmat HT 95 s’adresse aux bureaux d’études et laboratoires qui testent des prototypes fonctionnels en polymères hautes performances. Un artisan qui souhaite imprimer du PEEK pour des outillages spécifiques trouvera aussi un bon compromis, à condition de maîtriser les paramètres d’extrusion. Pour un usage ponctuel avec de l’Ultem, un service d’impression externe peut être plus rentable que l’investissement dans la machine et ses accessoires (nettoyage, stockage au sec, filtration).
Avant de finaliser l’achat, vérifiez que vos matériaux sont disponibles en diamètre 1,75 mm et que vous disposez d’une ventilation locale pour évacuer les émanations. La mise en température de la chambre prend environ 25 minutes pour atteindre 90 °C, ce qui allonge le cycle global – à prendre en compte dans votre planning de production.