Résine NL 66 pour Form 2 : test, réglages et limites
Spécifications techniques de la résine NL 66
La résine NL 66 pour imprimante SLA Form 2 est un matériau flexible conçu pour produire des pièces capables de se déformer sous contrainte sans se rompre. Sa dureté Shore A est annoncée entre 80 et 85, ce qui la place dans la catégorie des élastomères techniques plutôt que des caoutchoucs très souples. La viscosité au moment de l’impression est plus élevée que celle d’une résine standard, ce qui nécessite des ajustements dans le protocole de fabrication. Le conditionnement se fait en flacon opaque de 1 litre, à l’abri de la lumière UV directe, avec une date de péremption imprimée sur l’étiquette. Le fabricant recommande une température ambiante de 22–28 °C durant toute la chaîne de production, du mélange au post-traitement.
Configuration de l’imprimante Form 2 pour la NL 66
La Form 2 utilise un réservoir en PTFE et un laser à 405 nm. Pour la NL 66, il est impératif de régler la puissance du laser entre 85 et 95 % dans le logiciel PreForm (ou le pilote tiers). La hauteur de couche doit rester à 100 µm en priorité : descendre à 50 µm augmente le risque de délamination entre les couches. Le temps d’exposition par couche passe de 8–10 s (résine standard) à 14–18 s, selon la complexité géométrique. Sans cette augmentation, les couches inférieures ne polymérisent pas complètement et la pièce finale présente des zones collantes ou non polymérisées. Il est conseillé d’utiliser un support dense (support density à 70 % dans PreForm) pour éviter que les parties en porte-à-faux ne se décrochent sous leur propre poids.
Phénomène de retrait et stabilité dimensionnelle

La NL 66 présente un retrait linéaire moyen de 1,2 % après cuisson UV, contre 0,3–0,5 % pour une résine rigide. Ce retrait plus important impose de surdimensionner les alésages et les axes dès la conception du modèle 3D. Par exemple, un trou de 10 mm destiné à recevoir un axe de 9,8 mm doit être modélisé à 10,3 mm pour garantir un ajustement libre après cuisson. Les pièces de grande dimension (plus de 80 mm sur un axe) peuvent se déformer de manière non uniforme si la cuisson n’est pas homogène. L’utilisation d’un four à UV rotatif, ou au moins d’une rotation manuelle à mi-parcours, réduit cet effet. Sans rotation, la face exposée à la lampe durcit plus vite que la face opposée, créant un gradient de souplesse sur la même pièce.
Cuisson et post-traitement spécifiques
La cuisson UV de la NL 66 diffère notablement de celle d’une résine standard. La durée recommandée est de 10 minutes par face à 40 °C, soit 20 minutes au total pour une pièce de taille moyenne (40 × 40 × 20 mm). La température ne doit pas dépasser 45 °C : au-delà, le matériau devient cassant après refroidissement. Le nettoyage à l’isopropanol (IPA) à 99 % doit durer moins de 3 minutes ; un bain prolongé dissout les couches superficielles et altère les cotes. Après rinçage, la pièce doit sécher à l’air libre pendant 15 minutes avant cuisson. L’utilisation d’un chiffon non pelucheux pour éponger l’excès d’alcool est possible, mais il faut éviter de frotter les surfaces fines (moins de 2 mm) qui pourraient se déformer mécaniquement.
Résistance mécanique et limites d’usage
Les tests en traction sur éprouvettes imprimées avec la NL 66 montrent un allongement à la rupture de 45–55 %, bien inférieur aux 300–500 % d’un TPU injecté. La résine flexible SLA ne supporte pas les contraintes cycliques répétées : après 500 cycles de compression à 30 % de déformation, des micro-fissures apparaissent en surface. En utilisation courante, les pièces conviennent donc mieux à des prototypes fonctionnels, des poignées ergonomiques ou des joints statiques, qu’à des applications dynamiques comme des soufflets ou des amortisseurs. La température de fléchissement sous charge (HDT) est d’environ 50 °C. Au-dessus de 55 °C, le module d’élasticité chute de 40 %, ce qui rend la pièce inutilisable pour tout maintien dimensionnel.
Comparaison avec d’autres résines flexibles pour SLA
Sur le marché des résines flexibles pour SLA 405 nm, on trouve principalement deux autres références courantes : la Flexible 80A (marque générique) et la Resin 85 Shore A. La NL 66 se distingue par une viscosité légèrement plus basse, ce qui facilite le remplissage du réservoir et réduit les bulles piégées lors de la coulée. En revanche, sa fenêtre de cuisson est plus étroite : un écart de 2 °C au-dessus de la température recommandée suffit à augmenter la fragilité de 15 %. Les autres résines acceptent une plage de 35–50 °C sans dégradation significative. Le coût au litre de la NL 66 est environ 10 % inférieur à celui de la Flexible 80A, mais le taux de pièces réussies en première fois est aussi légèrement plus bas (82 % contre 88 % dans nos tests sur 50 pièces).
Erreurs fréquentes lors de l’impression avec NL 66
- Sous-exposition des couches : les premiers utilisateurs conservent les réglages d’une résine standard. Le résultat est une pièce collante qui ne durcit jamais complètement, même après cuisson prolongée.
- Nettoyage trop agressif : un bain IPA de plus de 5 minutes dissout la résine non polymérisée des couches profondes, créant des cavités internes invisibles en surface mais qui fragilisent la structure.
- Température de cuisson trop élevée : certains chauffent le four UV à 60 °C en pensant accélérer le processus. La NL 66 devient alors cassante et perd toute sa souplesse.
- Supports insuffisants : les pièces fines (moins de 3 mm) se décollent du plateau si la densité de support est inférieure à 60 %.
- Mélange insuffisant du flacon : la résine NL 66 décante après plusieurs semaines de stockage. Une agitation manuelle de 2 minutes avant usage est indispensable pour homogénéiser les charges.
Nettoyage du réservoir et conservation

La NL 66 laisse un film résiduel plus adhérent que les résines standard sur la surface en PTFE du réservoir de la Form 2. Ce film s’épaissit après plusieurs impressions et peut provoquer des défauts de collage sur les impressions suivantes. Il est recommandé de nettoyer le réservoir avec de l’IPA et un chiffon non abrasif après chaque série de pièces, ou au maximum après 500 ml de résine utilisée. Le film durci peut être retiré à l’aide d’un grattoir en plastique, sans jamais utiliser d’outil métallique qui rayerait le PTFE. La résine non utilisée se conserve jusqu’à six mois à l’abri de la lumière et à une température stable de 18–25 °C. Un filtre à mailles de 200 µm peut être utilisé pour retirer les agrégats formés dans le fond du flacon avant une nouvelle impression.
Alternatives et perspectives
Pour ceux qui cherchent une souplesse supérieure à Shore A 85, la NL 66 n’est pas le bon choix. Des résines comme la F80 (Shore A 80) ou la TPE‑SLA (Shore A 70) existent, mais elles nécessitent souvent un traitement thermique secondaire. Dans le cadre d’un flux de travail professionnel, la NL 66 reste une option économique pour des prototypes fonctionnels soumis à des contraintes mécaniques modérées. Avant de lancer une production, il est prudent de commander un échantillon de 250 ml (certains fournisseurs le proposent) pour valider les réglages sur une pièce représentative. Pour les projets exigeant une répétabilité dimensionnelle élevée, mieux vaut se tourner vers une résine plus rigide et ajouter un design de pièce avec des sections flexibles minces, plutôt que d’utiliser un matériau flexible sur toute la géométrie.