ColorFabb CorkFill : test et paramètres d’impression du filament liège-PLA
Le ColorFabb CorkFill intègre de vraies particules de liège dans une matrice PLA. Là où les filaments chargés en fibres de carbone ou en métal visent la rigidité, celui-ci cherche un rendu naturel et tactile. Ce choix a un coût : des performances mécaniques et thermiques en retrait. Avant de lancer une impression, mieux vaut savoir comment ce matériau se comporte réellement en extrusion, en adhérence et en post-traitement.
Composition et caractéristiques techniques du CorkFill
Le CorkFill de ColorFabb se présente en bobine de 650 g, contre 750 g ou 1 kg pour un PLA standard. Cette différence vient de la densité réduite du mélange liège-PLA. La matière contient environ 30 % de particules de liège finement broyées. La température d'extrusion recommandée se situe entre 195 °C et 215 °C, dans la plage basse des filaments PLA chargés. Le lit chauffant est conseillé entre 50 °C et 60 °C, mais une plaque en verre nettoyée à l'alcool isopropylique ou un plateau avec une couche de colle en stick améliore nettement l'adhérence. Sans lit chauffant, une laque forte ou un ruban adhésif de type kapton peut suffire, à condition de réduire la vitesse de première couche.
Paramètres d'impression recommandés pour le CorkFill
Le diamètre nominal est de 1,75 mm, avec une tolérance annoncée de ± 0,05 mm. Une buse d'au moins 0,4 mm est donc requise, mais en pratique, une buse de 0,6 mm ou 0,8 mm réduit le risque de colmatage. Les particules de liège s'accumulent à l'intérieur du cône de la buse si la température est trop élevée ou si la rétraction est excessive. Pour une extrudeuse Bowden, limitez la rétraction à 1-2 mm ; pour un système direct drive, passez à 0,5-1 mm. Une rétraction trop longue aspire le liège fondu dans le hotend et provoque des bouchons. La vitesse d'impression conseillée est de 30 à 50 mm/s. Au-delà, l'extrusion devient irrégulière et les particules arrachent la surface. Pour les ponts et les surplombs, un refroidissement modéré (ventilateur à 30-50 %) évite que le liège ne se décolle, tout en limitant le cordage.
Adhérence, support et post-traitement
Le CorkFill se ponce très facilement avec du papier abrasif grain 120 à 400. La poudre de liège libère une odeur boisée caractéristique, non toxique, mais un masque anti-poussière est recommandé. Le ponçage à sec révèle une surface douce au toucher, comparable à celle d'un bouchon de vin.
L'impression n'adhère pas bien aux surfaces lisses : le plateau en verre nu provoque un décollement dans les coins. Une plaque en PEI ou un ruban de masquage bleu règle le problème. Le matériau n'absorbe pratiquement pas l'humidité, contrairement à un PA ou un PETG, mais il reste sensible à la traction : les pièces minces se cassent facilement dans le sens des couches. Pour des pièces fonctionnelles, prévoyez au moins trois périmètres et un remplissage de 20 % minimum.
Compatibilité avec les imprimantes et buses
Une buse en laiton standard s'use plus vite avec un filament chargé ; une buse en acier trempé ou en rubis prolonge la durée de vie. Sur une Ultimaker 2 Extended, le test de la buse d'origine montre une dégradation après seulement 300 g de CorkFill. Le remplacement par une buse compatible améliore la constance du débit. Par ailleurs, le retrait de la bobine de 650 g sur un support adapté est nécessaire : son diamètre et son poids réduits peuvent entraîner un faux rond sur des dérouleurs mal réglés.
Applications typiques
- Maquettes d'architecture avec rendu bois naturel
- Écrans et séparateurs acoustiques légers
- Emballages et présentoirs personnalisés
- Prototypes de design pour valider une texture
La couleur naturelle du liège est brun clair ; ColorFabb propose également une version teintée (noir), mais la teinture modifie légèrement la température d'extrusion. Pour un projet nécessitant une finition imperméable, appliquez un vernis acrylique en spray après ponçage. Attention : l'alcool isopropylique dissout partiellement la matrice PLA du CorkFill, ce qui exclut un nettoyage chimique agressif.
Limites et points de vigilance
La résistance mécanique reste nettement inférieure à celle d'un PETG ou d'un ABS. Le matériau n'est pas adapté pour des pièces soumises à des contraintes de flexion ou de torsion répétées. La température de transition vitreuse est abaissée par la charge en liège : une pièce exposée à 50 °C se déforme. En impression, le cordage est plus marqué qu'avec un PLA standard ; une tour de rétraction ou un réglage fin de la distance de rétraction est souvent nécessaire. Enfin, le prix au kilo est environ deux fois celui d'un PLA de base, ce qui limite l'usage à des projets où le rendu tactile justifie le coût.
Conseils pour la première couche et le démoulage
Pour éviter que le CorkFill ne se soulève, réglez la hauteur de première couche avec un écart de 0,1 à 0,15 mm de moins que d'habitude. Une fois l'impression terminée, laissez refroidir le plateau à température ambiante avant de décoller la pièce. Si elle résiste, placez l'ensemble au réfrigérateur pendant dix minutes : la différence de dilatation entre le verre et le liège facilite le décollement sans outil métallique. Ne forcez jamais avec une spatule, car la couche de liège peut se fissurer.