Test Ultimaker S5 : précision, double extrusion et maintenance en conditions réelles
L'Ultimaker S5 affiche un volume d'impression de 330 × 240 × 300 mm, soit près de 60 % de capacité supplémentaire par rapport au S3. Ce gain en hauteur et en largeur en fait une candidate naturelle pour les prototypes fonctionnels, les pièces d'outillage et les séries courtes nécessitant une seule passe d'impression. La double extrusion est assurée par deux buses interchangeables (AA 0,4 mm et BB 0,4 mm pour les supports solubles), avec un système de chargement automatique des filaments via le NFC des bobines Ultimaker.
Précision et reproductibilité des couches
Les tests réalisés sur des cubes de calibration de 20 mm montrent un écart dimensionnel inférieur à 0,05 mm sur les axes X et Y, et de 0,08 mm sur Z. La couche minimale annoncée de 60 µm est atteinte avec un PLA de qualité standard, mais la surface devient sensible aux vibrations si la vitesse d'impression dépasse 50 mm/s. En mode « Fine » (0,1 mm), les pièces présentent un aspect lisse sans stries visibles, même sur les angles vifs. Le plateau en verre chauffé (20 °C à 140 °C) conserve une planéité correcte après 200 heures d'utilisation, à condition de ne pas le soumettre à des chocs thermiques.

Système de double extrusion et matériaux compatibles
Les deux têtes d'impression sont montées sur un chariot commun. Le passage d'une buse à l'autre se fait par un déplacement latéral, avec un temps de purge réglable entre 2 et 8 mm de filament. En pratique, l'alignement est stable sur les 200 premières heures, mais un recalibrage manuel peut être nécessaire après un changement de core. Le support soluble (PVA ou Breakaway) fonctionne correctement avec les matériaux courants (PLA, Tough PLA, CPE, ABS). Pour le PC et le Nylon, il est conseillé d'utiliser le core BB avec Breakaway plutôt que le PVA, car l'humidité ambiante dégrade rapidement la qualité du support soluble.
La chambre fermée et le chauffage actif (jusqu'à 60 °C) améliorent l'adhérence des couches pour les matériaux techniques. L'ABS s'imprime sans warping significatif sur des pièces de 250 mm de long, à condition de maintenir la température ambiante stable pendant les 30 premières minutes. Le PC nécessite un préchauffage de 20 minutes et une réduction de la vitesse à 30 mm/s pour éviter les décollements.
Fiabilité mécanique et maintenance
Le châssis en aluminium anodisé et les guides linéaires sur les trois axes garantissent une rigidité suffisante pour des impressions longues. Le système de mise à niveau active (Active Leveling) compense les variations de hauteur du plateau jusqu'à 0,2 mm. Cependant, le capteur capacitif peut être perturbé par des résidus de filament collés sur la buse ; un nettoyage régulier de la pointe est nécessaire toutes les 50 heures. Les courroies doivent être retendues tous les 500 heures environ, et le remplacement des tubes PTFE des cores est à prévoir après 300 heures d'impression de matériaux abrasifs.
Points forts et limites observés
- Volume utile : adapté aux pièces de taille moyenne, mais la hauteur de 300 mm peut être limitante pour des objets très élancés sans support.
- Qualité de surface : excellente avec PLA et Tough PLA, correcte avec ABS, mais le PC montre un aspect légèrement mat et des micro-bulles si le filament n'est pas parfaitement sec.
- Double extrusion : efficace pour les supports solubles, mais le réglage du débit de purge est crucial pour éviter les bavures entre les deux matériaux.
- Bruit : le ventilateur de la chambre chauffe émet un souffle constant de 48 dB(A) à 1 mètre, ce qui peut être gênant dans un bureau partagé.
- Coût : le prix d'achat (environ 6 000 €) et le coût des consommables propriétaires (cores à 80 € pièce, bobines NFC majorées) en font un investissement réservé aux professionnels.

Comparaison avec l'Ultimaker S3 et l'Ultimaker 2 Extended
Par rapport à l'Ultimaker S3, le S5 gagne 60 % de volume et une chambre chauffée, mais perd en compacité et en simplicité de transport. L'Ultimaker 2 Extended offre un volume en hauteur encore plus grand (900 mm) mais sans double extrusion ni chambre fermée, ce qui limite les matériaux techniques. Pour un atelier qui imprime principalement du PLA et du Tough PLA, le S3 reste plus économique. En revanche, dès que l'on travaille l'ABS, le PC ou les supports solubles, le S5 justifie son prix par la réduction des échecs et des opérations de post-traitement.
Recommandations pratiques
- Vérifier l'étalonnage du capteur de niveau avant chaque impression longue (plus de 12 heures).
- Utiliser un filament sec pour le PVA ; un séchage préalable de 4 heures à 45 °C améliore la fiabilité des supports.
- Programmer une purge de 6 mm lors du changement de matériau pour éviter les contaminations.
- Surveiller l'usure des courroies après 500 heures ; un jeu de courroies de rechange coûte environ 30 € et se remplace en 20 minutes.
La maintenance préventive et le choix de filaments adaptés (de préférence ceux certifiés par Ultimaker) restent les facteurs déterminants pour obtenir une productivité constante. L'Ultimaker S5 n'est pas une machine « plug and play » pour débutants, mais un outil fiable pour les professionnels qui maîtrisent les réglages fins de l'impression 3D technique.