Anisoprint Composer A4 : test et analyse de l’impression 3D à fibres continues
L'impression 3D à renfort continu de fibres (CFR) change la donne pour la fabrication additive de pièces mécaniques. L'Anisoprint Composer A4 est l'une des rares machines de bureau à intégrer ce procédé, permettant d'incorporer des fibres continues de carbone, de verre ou de basalte dans une matrice thermoplastique. Contrairement aux filaments chargés de fibres courtes, la disposition des brins continus confère aux pièces une rigidité et une résistance comparables à celles de l'aluminium, tout en conservant un faible poids.
Caractéristiques techniques de l'Anisoprint Composer A4
La Composer A4 repose sur un système à double extrudeuse : une tête conventionnelle pour le filament thermoplastique (PLA, PETG, PA, PC) et une tête spécifique pour le câble de fibres continues imprégné de résine. Le volume de construction est de 297 × 210 × 200 mm, soit un format A4 en largeur et profondeur, d'où son nom. La buse pour la fibre est conçue pour déposer un brin de 0,35 mm de diamètre, tandis que la buse standard accepte des diamètres de 0,4 à 0,6 mm.
L'enceinte chauffée peut atteindre 80 °C, ce qui limite le gauchissement sur les thermoplastiques semi-cristallins comme le polyamide. Le plateau est en verre avec une couche de PEI pour l'adhérence. La machine utilise un firmware propriétaire et le logiciel de tranchage Aura, qui gère la trajectoire des fibres et l'orientation des couches. Le calibrage est semi-automatique, avec un capteur capacitif pour la mise à niveau.
Qualité d'impression et performances mécaniques
Les tests montrent que la précision dimensionnelle est dans la moyenne des machines de bureau : un écart de ±0,1 mm sur les pièces de référence. L'intérêt principal réside dans les propriétés mécaniques. Une éprouvette de flexion imprimée en PLA renforcé de fibre de carbone continue atteint un module de Young de 30 GPa, soit cinq fois plus que le PLA seul. La résistance à la traction dépasse 500 MPa pour les configurations optimisées, ce qui place la Composer A4 au niveau de pièces moulées par injection de polyamide chargé.
La qualité de surface dépend du paramétrage : les couches avec fibres sont légèrement plus rugueuses que les couches standard. Un post-traitement par ponçage ou enduction est souvent nécessaire pour des applications d'aspect. En revanche, l'absence de support pour les fibres continues limite la géométrie des pièces aux surplombs inférieurs à 45°.
Matériaux compatibles et coûts
Anisoprint propose sa propre gamme de filaments thermoplastiques (PLA, PETG, PA, PC) et de câbles de fibres (carbone, verre, basalte). Le coût des consommables est élevé : un kilo de filament standard coûte environ 50 €, et une bobine de fibre de carbone (50 m) environ 80 €. Pour une pièce de taille moyenne, le surcoût par rapport à une impression classique peut être multiplié par trois. L'écosystème est fermé : les paramètres de tranchage sont optimisés pour les matériaux Anisoprint, et l'utilisation de filaments tiers est déconseillée sans calibration poussée.
Pour ceux qui explorent des alternatives de filaments techniques, un test du Filament EN 55 Unic a montré des résultats intéressants sur des imprimantes à chambre chaude, mais la compatibilité avec la Composer A4 n'est pas garantie en raison du diamètre spécifique des buses.

Limites et points d'attention
- Volume de construction réduit : le format A4 interdit les pièces longues ou larges. Pour des pièces plus grandes, il faut recourir au collage ou à un assemblage mécanique.
- Complexité du tranchage : le logiciel Aura impose d'affecter manuellement les zones à renforcer. Une erreur de trajectoire peut annuler le bénéfice mécanique.
- Entretien spécifique : la tête de fibre s'use plus vite qu'une buse classique ; le remplacement est prévu tous les 500 mètres de fibre environ.
- Bruit et vibrations : la machine émet un niveau sonore de 55 dB en fonctionnement, acceptable pour un atelier mais gênant dans un bureau partagé.
- Absence de capteur de fibre : en cas de rupture du câble, l'impression continue sans fibre, ce qui fragilise la pièce.
Comparaison avec d'autres solutions professionnelles
Face à des machines comme la Markforged Mark Two ou la Desktop Metal Studio System, la Composer A4 se distingue par son prix d'entrée plus bas (environ 6 500 €) et son encombrement réduit. En revanche, la Markforged offre un volume plus grand et une détection de rupture de fibre. La qualité de finition de surface est similaire, tout comme la nécessité d'un post-traitement.
La Composer A4 n'est pas une imprimante pour débutants : la maîtrise des contraintes mécaniques et du réglage des paramètres de fibre est indispensable. Pour les bureaux d'études habitués aux matériaux composites, elle constitue un outil de prototypage rapide de pièces fonctionnelles, sans passer par la fabrication de moules.
Bilan technique
L'Anisoprint Composer A4 tient ses promesses sur le plan mécanique, avec un rapport résistance/poids inédit pour une machine de bureau. Les limites de volume et de complexité logicielle restent des freins à l'adoption massive. Pour un atelier cherchant à valider des pièces composites avant industrialisation, le temps de retour sur investissement dépend du nombre de cycles de prototypage économisés. Le choix des matériaux et l'optimisation des trajectoires de fibre demandent une courbe d'apprentissage de plusieurs semaines, mais les résultats justifient cet investissement pour des applications aéronautiques, sportives ou robotiques légères.