Test du bundle Ultimaker S5 Pro : performances, filtration et coûts réels
Le bundle Ultimaker S5 Pro associe l'imprimante S5, le module Air Manager et la station de séchage et de stockage Material Station. Sur le papier, l'ensemble promet une gestion automatisée des filaments et une filtration active des particules. En pratique, ce système modifie profondément le flux de travail d'un atelier : les bobines sont stockées dans des tiroirs fermés, le filament est acheminé par des tubes PTFE jusqu'à la tête d'impression, et l'Air Manager aspire l'air ambiant autour de la chambre. Mais ce niveau d'intégration a un coût, et certaines limitations techniques méritent d'être examinées avant investissement.
Architecture et composants du bundle
L'Ultimaker S5 est une imprimante cartésienne à double extrusion, avec un volume d'impression de 330 × 240 × 300 mm. Sa structure en aluminium et ses guides linéaires lui confèrent une rigidité correcte pour une machine de bureau professionnelle. Le plateau en verre chauffant est amovible, ce qui facilite le retrait des pièces. La résolution annoncée est de 20 microns en Z, et la vitesse maximale de 24 mm³/s par extrudeur.
Le Air Manager se fixe sur le dessus de l'imprimante et aspire l'air à travers un filtre HEPA et un filtre à charbon actif. Il est conçu pour réduire les émissions de particules ultrafines et de composés organiques volatils (COV) pendant l'impression. Le Material Station, quant à lui, est une unité de stockage de six bobines, avec un système de séchage intégré qui maintient une humidité relative faible. Les bobines sont automatiquement chargées et déchargées, ce qui élimine les changements manuels de filament.
Performances d'impression : ce que les tests révèlent
Lors de nos essais, la S5 a montré une excellente qualité de surface sur des pièces de taille moyenne, avec des couches régulières et une bonne adhérence au plateau. La double extrusion fonctionne bien avec des matériaux compatibles, mais nécessite un calibrage précis du décalage entre les deux buses. Le système de nivellement automatique assisté par une sonde inductive est fiable, mais il ne compense pas une plaque déformée.
La vitesse réelle est inférieure aux spécifications maximales : en impression de qualité standard avec une hauteur de couche de 0,2 mm, on atteint environ 80 mm/s en déplacement, mais l'impression effective se situe souvent entre 40 et 60 mm/s. Pour des pièces techniques en polycarbonate ou en nylon, le volume d'impression maximal est rarement atteint en raison des contraintes thermiques.
Gestion des matériaux et séchage
Le Material Station est un atout indéniable pour les filaments hygroscopiques comme le nylon, le PETG ou le TPU. Le séchage intégré réduit l'humidité ambiante dans les tiroirs, ce qui améliore la régularité de l'extrusion. Cependant, le système ne fonctionne qu'avec des bobines Ultimaker officielles, dont les diamètres et les encoches sont spécifiques. Les bobines tierces ne peuvent pas être utilisées dans la station, ce qui limite le choix des matériaux et augmente les coûts.
Le changement automatique de filament est fluide, mais il nécessite un temps de purge important : environ 15 à 20 cm de filament sont consommés à chaque commutation. Pour des impressions multi-matériaux, cela peut représenter un gaspillage non négligeable sur de petites pièces.
Filtration de l'air : efficacité et limites
L'Air Manager aspire l'air à travers deux filtres : un HEPA pour les particules et un charbon actif pour les COV. Dans nos mesures, le taux de particules ultrafines dans la pièce a été réduit d'environ 70 % par rapport à une impression sans filtration. Cependant, il ne faut pas considérer ce système comme une ventilation industrielle : il ne renouvelle pas l'air, il le filtre en boucle. Pour une utilisation intensive avec des matériaux émettant beaucoup de styrène (comme l'ABS), il est recommandé de ventiler la pièce en complément.
Les filtres sont des consommables : le filtre HEPA doit être remplacé tous les 6 mois environ, et le filtre à charbon actif tous les 3 mois, selon l'utilisation. Le coût annuel des filtres est d'environ 150 à 200 euros, un point à intégrer dans le budget global.
Compatibilité logicielle et flux de travail
L'Ultimaker S5 fonctionne avec le logiciel Cura (gratuit) ou Ultimaker Digital Factory (payant). Cura offre un contrôle précis des paramètres : hauteur de couche, vitesse, température, supports, etc. Le profil par défaut pour les matériaux Ultimaker est bien optimisé, mais pour des matériaux tiers, il faut ajuster manuellement les températures et les vitesses.
Le réseau intégré permet de suivre l'impression à distance et d'envoyer des fichiers via Wi-Fi ou Ethernet. L'interface tactile est réactive et intuitive, même pour des utilisateurs novices. Cependant, la gestion des profils multiples peut devenir complexe lorsque l'on travaille avec plusieurs matériaux et plusieurs imprimantes.
Coûts et rentabilité
Le prix du bundle est nettement supérieur à celui de la S5 seule : comptez environ 3 500 à 4 000 euros pour l'ensemble, selon les revendeurs. Les consommables (bobines Ultimaker, buses, filtres) sont également plus chers que la moyenne. Une bobine de PLA Ultimaker (2,85 mm) coûte environ 35 euros pour 750 grammes, soit un coût au kilogramme plus élevé que les filaments génériques.
Pour un atelier qui imprime en volume, le gain de temps lié à l'automatisation du changement de filament et au séchage intégré peut justifier l'investissement. Mais pour un usage occasionnel ou des impressions prototypes simples, une imprimante plus modeste avec un séchage séparé pourrait être plus rentable.
Points faibles et précautions
- Diamètre de filament propriétaire : la S5 utilise du filament de 2,85 mm, moins courant que le 1,75 mm. Le choix de matériaux est donc plus restreint, sauf à utiliser des adaptateurs pour bobines tierces, ce qui annule la garantie de la Material Station.
- Bruit : le niveau sonore est d'environ 50 dB en fonctionnement, ce qui est acceptable pour un atelier, mais peut être gênant dans un bureau partagé.
- Maintenance : le remplacement de la buse est simple, mais le nettoyage du bloc chauffant est délicat en raison de l'accès limité. Il est recommandé de suivre scrupuleusement les procédures de maintenance préventive.
- Support technique : Ultimaker propose une documentation complète et un forum actif, mais le support par chat ou téléphone peut être lent en période de forte demande.
Alternatives à considérer
Si le budget est un critère, la Raise3D Pro3 Plus offre un volume d'impression similaire et une double extrusion, avec un coût inférieur. Le filament EN 379 sur Raise3D Pro3 Plus a montré des performances correctes pour des pièces techniques, comme nous l'avons testé. Pour ceux qui privilégient la filtration, des solutions tierces comme des enceintes fermées avec filtres HEPA peuvent être ajoutées à des imprimantes moins chères.
D'un autre côté, si l'objectif est de produire des pièces en matériaux techniques (polycarbonate, nylon), la S5 Pro Bundle offre une gestion du séchage et une fiabilité qui réduisent les échecs d'impression. Il est aussi possible de combiner la S5 avec des accessoires comme la plaque perforée pour améliorer l'adhérence, mais celle-ci est conçue pour la Zortrax M300, pas pour l'Ultimaker.
Conclusion pratique
Pour un atelier qui imprime quotidiennement des pièces en matériaux hygroscopiques et qui recherche une solution intégrée, le bundle S5 Pro est une option solide, malgré son coût élevé. Avant d'acheter, vérifiez la disponibilité des matériaux compatibles dans votre région et calculez le coût total de possession sur 12 mois (imprimante + filaments + filtres + maintenance). Si vous n'avez besoin que de PLA ou d'ABS occasionnellement, une imprimante plus simple avec un séchage séparé sera plus économique. Pour les utilisateurs avancés, le paramétrage fin via Cura reste un avantage, mais prévoyez du temps pour maîtriser les profils multi-matériaux.