Raise3D Pro2 Plus : test technique d’une imprimante 3D grand format IDEX
Raise3D Pro2 Plus : une machine grand format pensée pour la production
Le Raise3D Pro2 Plus est souvent présenté comme une imprimante 3D professionnelle accessible, mais avant de l’intégrer à un atelier, il faut regarder au-delà de la fiche commerciale. Avec un volume d’impression de 305 × 305 × 605 mm, cette machine couvre une gamme de pièces que peu de modèles de sa catégorie permettent. Le système IDEX (deux têtes indépendantes) n’est pas un simple argument marketing : il autorise l’impression en double extrusion, mais aussi la duplication miroir ou la production de deux pièces identiques simultanément. C’est ce dernier point qui change réellement l’organisation du travail, surtout quand on fabrique des séries courtes en interne.
Cependant, la double tête impose des contraintes mécaniques. Le chariot est plus lourd, et les vibrations à grande vitesse se ressentent davantage que sur une machine à tête unique. Dans nos tests, la qualité de surface reste correcte jusqu’à 80 mm/s en périmètre, mais au-delà, des artefacts apparaissent sur les parois verticales. Il faut donc trouver un équilibre entre débit et finition, ce qui dépend fortement du matériau utilisé.
Fiche technique et caractéristiques clés
Le Pro2 Plus repose sur une structure en aluminium extrudé avec des axes linéaires sur rails. La platine est chauffée et peut atteindre 110 °C, ce qui est suffisant pour l’ABS et les polycarbonates, mais insuffisant pour certains matériaux haute température comme le PEEK. Le boîtier fermé est un vrai plus pour la stabilité thermique, surtout dans les pièces de grande hauteur où le refroidissement différentiel provoque souvent des décollements.
- Volume d’impression : 305 × 305 × 605 mm
- Résolution couche : de 0,01 mm à 0,25 mm (selon la buse)
- Buse : 0,4 mm en standard, remplaçable
- Température buse max : 300 °C
- Température plateau max : 110 °C
- Vitesse max : 150 mm/s (en déplacement)
- Connectivité : Wi-Fi, Ethernet, USB, cloud (IdeaMaker)
- Poids : environ 70 kg
Le plateau est amovible et magnétique, ce qui facilite le retrait des pièces. La surface est en verre avec un revêtement adhésif, mais elle s’use avec le temps. Un plateau en PEI ou en acier texturé peut être installé, mais il faut vérifier la compatibilité avec le système de nivellement automatique. Celui-ci fonctionne par induction et ne détecte pas le verre nu : il faut donc calibrer sur la surface réelle, sinon le capteur donne des valeurs erronées.
Précision et qualité d’impression : résultats mesurés
Nous avons imprimé une série de cubes de calibration en PLA et en ABS. Avec une couche de 0,2 mm, la précision dimensionnelle sur les axes X et Y est restée dans une tolérance de ±0,1 mm. Sur l’axe Z, les variations de hauteur sont légèrement plus marquées, surtout en haut de la zone d’impression, en raison du poids de la tête et de la flexion du portique. Pour des pièces fonctionnelles, cela reste acceptable, mais pour des assemblages précis, il faut prévoir des ajustements ou une post-machining.
Le logiciel IdeaMaker, fourni avec la machine, est un point fort. Il propose des profils préconfigurés pour de nombreux filaments, y compris les matériaux techniques comme le PC, le nylon ou le PETG. Les paramètres de rétraction sont bien réglés par défaut, réduisant les fils entre les tours. En revanche, le support généré automatiquement est parfois trop dense, ce qui rend le retrait difficile sur les pièces délicates. Il vaut mieux ajuster manuellement la densité ou utiliser un support en matériau soluble si la double extrusion le permet.
IDEX : double extrusion et modes de travail
Le mode IDEX du Pro2 Plus offre trois configurations : miroir, duplication et indépendant. Le mode miroir est utile pour créer des pièces symétriques (pales, coques, supports) sans multiplier les fichiers. Le mode duplication permet d’imprimer deux exemplaires identiques en même temps, ce qui divise par deux le temps de production pour des petites séries. Le mode indépendant est plus complexe : il faut que les deux têtes ne se gênent pas pendant l’impression, ce qui limite la taille des pièces si elles sont placées côte à côte.
En pratique, l’IDEX fonctionne bien tant que les deux têtes sont correctement calibrées. Le calibrage automatique aligne les buses en X, Y et Z, mais il faut le refaire régulièrement, surtout après un changement de buse ou un choc. Dans nos tests, le décalage entre les deux têtes est resté inférieur à 0,05 mm après un calibrage soigné, ce qui est excellent pour une double extrusion. Cependant, le nettoyage de la tête inutilisée est essentiel : si du filament résiduel dépasse, il peut frotter contre la pièce en cours d’impression et laisser des marques.
Matériaux compatibles et limites thermiques
Le Pro2 Plus accepte une large gamme de filaments : PLA, ABS, PETG, nylon, PC, TPU, et même certains composites chargés en fibre de carbone ou de verre. La buse en laiton standard s’use rapidement avec les matériaux abrasifs ; il faut la remplacer par une buse en acier trempé ou en rubis pour une utilisation régulière. La température de buse de 300 °C permet d’imprimer des matériaux haute température comme le PPSU ou le PPA, mais le plateau à 110 °C est insuffisant pour éviter le gauchissement sur des pièces larges. Dans ce cas, une chambre chauffée serait nécessaire, ce que cette machine ne propose pas.
Pour l’ABS, nous recommandons de maintenir la chambre à une température stable d’environ 40-50 °C. Le boîtier fermé aide, mais il n’y a pas de chauffage actif : la température monte naturellement grâce au plateau, mais elle varie selon la hauteur d’impression. Sur des pièces de plus de 300 mm de haut, des décollements aux coins sont possibles. L’utilisation d’une laque ou d’un adhésif spécifique est souvent nécessaire. Pour le PETG, les résultats sont plus prévisibles, mais l’adhérence au plateau peut être trop forte, endommageant la surface en verre au retrait. Un plateau en PEI est alors plus adapté.
Coûts réels et maintenance
Le prix d’achat du Pro2 Plus se situe dans une fourchette de 3 500 à 4 500 euros selon les revendeurs et les options (buse supplémentaire, plateau, etc.). Ce n’est pas une machine d’entrée de gamme, mais elle reste moins chère que des modèles comme l’Ultimaker S5 ou le BCN3D Epsilon W50, qui offrent des fonctionnalités similaires. Il faut ajouter le coût des consommables : filament, buses, plateaux, et éventuellement un système de filtration d’air si vous imprimez des matériaux émettant des particules (ABS, nylon).
La maintenance est modérée. Les courroies doivent être vérifiées tous les quelques mois, et le serrage des vis de l’axe Z est crucial pour éviter le jeu. Le remplacement de la buse est simple, mais il faut suivre la procédure de préchauffage et de purge. Le firmware est régulièrement mis à jour, et Raise3D fournit des guides détaillés. En cas de panne, les pièces détachées sont disponibles, mais les délais peuvent être longs si vous n’êtes pas en Europe. Prévoir un stock de buses et de thermistances est une bonne pratique.
Comparaison avec d’autres machines professionnelles
Face à l’Ultimaker S5, le Pro2 Plus offre un volume plus grand en Z (605 mm contre 330 mm) et une double tête indépendante, ce qui est un avantage pour la production en série. En revanche, l’Ultimaker S5 propose un plateau rotatif et une meilleure intégration logicielle avec Cura, mais son prix est plus élevé. Le BCN3D Epsilon W50, testé par ailleurs, est un concurrent direct : il propose également l’IDEX, mais avec un volume plus petit (420 × 300 × 300 mm) et une température de buse maximale de 280 °C. Pour des matériaux techniques comme le polycarbonate, le Pro2 Plus est plus polyvalent.
En termes de précision, les trois machines donnent des résultats comparables dans des conditions standard. La différence se joue sur la stabilité à long terme et la qualité du support technique. Dans notre expérience, le Pro2 Plus est plus bruyant que l’Ultimaker S5, surtout en déplacement rapide, mais cela reste acceptable pour un atelier.
Points faibles identifiés
Nous avons relevé plusieurs points faibles lors de nos tests. Le premier est le bruit : les ventilateurs de refroidissement sont assez bruyants, et le mouvement de la tête en mode IDEX produit des vibrations supplémentaires. Le deuxième est le capteur de nivellement automatique, qui peut donner des résultats incohérents si la surface du plateau est sale ou rayée. Il faut souvent relancer le calibrage avant chaque impression importante. Le troisième est le logiciel IdeaMaker, qui manque de certaines fonctions avancées comme le réglage fin des supports ou la personnalisation des paramètres de rétraction par zone. Enfin, le plateau magnétique perd de son adhérence avec le temps, surtout si on imprime des matériaux à haute température ; il faut prévoir un remplacement après environ 200 heures d’utilisation intensive.
Notre verdict technique
Le Pro2 Plus est une machine qui tient ses promesses sur le volume et la flexibilité de l’IDEX, mais elle exige un entretien régulier et une certaine habitude pour maîtriser le calibrage et les paramètres de supports. Pour un atelier qui imprime des pièces techniques en petites séries, elle représente un bon rapport qualité-prix face à ses concurrents directs. Avant de l’acheter, vérifiez la disponibilité des pièces détachées dans votre région et prévoyez un budget pour un plateau de rechange et des buses adaptées aux matériaux abrasifs. Si vos pièces dépassent 300 mm de haut en ABS, envisagez une enceinte chauffée en complément ou orientez-vous vers des matériaux moins sensibles au gauchissement comme le PETG.