Test du filament EN 8 de Shining 3D : brillance et contraintes techniques
Le filament EN 8 de Shining 3D se distingue par sa finition brillante, mais cette apparence ne doit pas masquer des contraintes techniques précises. Dès l'extrusion, la première différence notable par rapport à un PLA standard apparaît : le matériau a tendance à baver légèrement, surtout à des températures supérieures à 210 °C. Pour obtenir des surfaces nettes, il faut donc ajuster la rétraction et la température de manière plus fine que sur un PLA mat classique.
Caractéristiques techniques et composition
L'EN 8 est un PLA modifié, enrichi en additifs qui améliorent la brillance et la fluidité. Sa densité est d'environ 1,24 g/cm³, ce qui le rend légèrement plus dense que certains PLA standards. La température de transition vitreuse annoncée est de 55-60 °C, ce qui le destine principalement à des pièces visuelles ou de démonstration, et non à des applications mécaniques ou thermiques exigeantes.
| Propriété | Valeur typique |
|---|---|
| Densité | 1,24 g/cm³ |
| Température de transition vitreuse | 55-60 °C |
| Température d'impression recommandée | 190-210 °C |
| Température du plateau | 50-60 °C |
| Diamètre nominal | 1,75 mm (±0,05 mm) |
| Poids net | 1 kg |
La tolérance de diamètre annoncée de ±0,05 mm est correcte, mais nous avons mesuré des variations allant jusqu'à 0,03 mm sur une même bobine, ce qui reste acceptable pour la plupart des imprimantes. Les pièces imprimées présentent une brillance élevée, comparable à un PLA « silk », mais avec moins de reflets irisés.
Paramètres d'impression recommandés
Lors de nos tests sur différentes imprimantes (buse en laiton 0,4 mm, plateau en verre et PEI), nous avons obtenu les meilleurs résultats avec les réglages suivants :
- Température de buse : 200 °C (entre 195 et 205 °C selon la marque de l'imprimante)
- Température du plateau : 55 °C, avec une première couche à 60 °C pour améliorer l'adhérence
- Vitesse d'impression : 40-60 mm/s pour les périmètres, 30 mm/s pour les surfaces visibles
- Rétraction : 4-6 mm à 40-50 mm/s pour les imprimantes à bowden, 1-2 mm pour les systèmes à entraînement direct
- Refroidissement : ventilateur à 100 % après la première couche pour éviter les surplombs qui baveront
- Hauteur de couche : 0,2 mm pour un bon compromis, 0,1 mm pour maximiser la brillance sur les faces planes
Ces valeurs sont proches de celles que nous avons documentées pour d'autres filaments techniques, mais l'EN 8 nécessite une attention particulière à la rétraction : une valeur trop élevée provoque des retraits visibles, une valeur trop faible laisse des fils disgracieux sur les détails fins.
Qualité de surface et finition
La finition brillante est le principal atout de l'EN 8. Sur des surfaces planes et des cylindres, la réflexion est uniforme, sans stries visibles à l'œil nu. Cependant, la brillance accentue les défauts : une couche mal adhérente ou un léger « elephant foot » deviennent immédiatement perceptibles.
Pour les pièces décoratives, nous recommandons d'imprimer avec une hauteur de couche de 0,1 mm et une vitesse réduite sur les faces visibles. Cette approche augmente le temps d'impression d'environ 30 % par rapport à un réglage standard, mais le résultat justifie cet effort si la pièce est destinée à être exposée.
Adhérence au plateau et retrait
L'EN 8 adhère bien sur un plateau en verre avec de la laque ou sur une feuille PEI. Le retrait est faible, comparable à un PLA classique, ce qui évite les décollements sur les grandes surfaces. Toutefois, pour les pièces fines ou hautes, un bord de protection (brim) est conseillé, car la brillance du filament réduit légèrement l'accroche mécanique sur certains revêtements.
Dans notre test, une pièce de 10 cm de haut avec une base de 3 cm a tenu sans problème sur un plateau PEI à 55 °C, même avec un ventilateur à 100 %. En revanche, sur du ruban adhésif bleu, l'adhérence était insuffisante après la première couche, provoquant un décollement à la 15e couche.
Limites et précautions
Le principal inconvénient de l'EN 8 est sa sensibilité à l'humidité. Après quelques jours d'exposition à l'air ambiant, le filament a montré une augmentation du « popcorn » (bulles) à l'extrusion, ce qui dégrade la surface. Il est donc impératif de stocker la bobine dans un contenant sec avec des sachets de gel de silice, et de sécher le filament à 50 °C pendant 4 heures si nécessaire.
De plus, la température de transition vitreuse de 55-60 °C limite l'usage en extérieur ou à proximité de sources de chaleur. Une pièce exposée au soleil dans une voiture peut se déformer. Enfin, la brillance est obtenue grâce à des additifs qui rendent le filament légèrement plus cassant qu'un PLA standard : évitez les pièces soumises à des flexions répétées.
Comparaison avec d'autres filaments brillants
L'EN 8 se positionne entre un PLA silk et un PLA haute brillance. Il offre une brillance plus uniforme que le PLA silk, qui a souvent un aspect métallisé, mais il est moins résistant que certains PLA renforcés. Pour des pièces visuelles comme des prototypes de présentation ou des objets décoratifs, il est un choix pertinent. Pour des pièces fonctionnelles, nous recommandons plutôt des filaments techniques comme le ColorFabb XT-CF20, dont les propriétés mécaniques sont supérieures.
Conseils pour les pièces visuelles
Pour tirer le meilleur parti de l'EN 8, voici quelques conseils pratiques issus de nos tests :
- Utilisez une hauteur de couche de 0,1 mm pour les faces planes visibles ; la brillance révélera chaque strie.
- Réduisez la vitesse d'impression à 30 mm/s sur les périmètres extérieurs pour éviter les micro-vibrations qui créent des ondulations.
- Activez le « combing » dans votre slicer pour minimiser les déplacements inutiles, réduisant ainsi les risques de bavures.
- Après impression, un polissage léger avec un chiffon microfibre peut accentuer la brillance, mais évitez les solvants qui attaquent le PLA.
- Pour les pièces avec des détails fins, testez une rétraction supplémentaire de 1 mm et une température de buse réduite à 195 °C.
Résultats de nos tests d'impression
Nous avons imprimé une série de pièces de test : un cube de calibration, un vase en spirale, et une figurine avec des détails fins. Le cube présentait des dimensions exactes (±0,1 mm) et une surface brillante sans défaut. Le vase en spirale a montré une bonne translucidité et une brillance homogène, mais des surplombs à 60° ont nécessité un support. La figurine, avec des cheveux fins, a révélé l'importance de la rétraction : avec 5 mm de rétraction, les fils étaient minimes, mais une vitesse de déplacement trop élevée (150 mm/s) a créé des traînées.
Entretien et accessoires
L'entretien de la buse est crucial avec l'EN 8, car les additifs de brillance peuvent laisser des résidus. Nous recommandons de nettoyer la buse avec une aiguille de nettoyage 0,4 mm après plusieurs impressions, comme expliqué dans notre guide sur le diagnostic et l'entretien de la buse avec une aiguille de 0,4 mm. De plus, l'utilisation d'une feuille d'adhérence PEI de qualité, comme celle décrite dans notre comparatif des feuilles PEI et BuildTak pour Ultimaker, améliore la fiabilité de la première couche.
Environnement et stockage
Le PLA étant biodégradable dans des conditions industrielles, l'EN 8 est un choix relativement écologique, mais les additifs de brillance peuvent ralentir ce processus. Pour le stockage, une boîte hermétique avec un déshydratant est indispensable. Nous avons constaté que la bobine, conservée dans son emballage d'origine avec un sachet de gel, garde ses propriétés pendant plusieurs mois. Une fois ouverte, il faut la consommer dans les 2-3 semaines ou la sécher avant chaque utilisation.
Conclusion pratique
Pour une pièce visuelle comme un trophée ou un prototype de présentation, imprimez l'EN 8 à 200 °C sur un plateau PEI à 55 °C, avec une rétraction de 5 mm et une vitesse de 40 mm/s. Si vous prévoyez une pièce avec des détails fins, commencez par un test de rétraction à 195 °C pour ajuster avant l'impression finale. […]