Test du BCN3D Sigma D25 : précision, double extrusion et limites
Le BCN3D Sigma D25 est souvent présenté comme une machine de référence pour la double extrusion abordable. Mais sur le terrain, sa vraie valeur se mesure moins à sa fiche technique qu'à la constance de ses résultats sur des pièces fonctionnelles. Nous l'avons soumis à une série de tests ciblés : précision dimensionnelle, tenue des ponts, comportement en ABS et en PLA, et stabilité de la seconde buse.
Caractéristiques techniques et conception
Le Sigma D25 reprend la base du Sigma original avec une amélioration notable : le guide-filament en PTFE et le système d'extrusion à double roue dentée. La tête d'impression utilise deux buses interchangeables de 0,4 mm par défaut, mais des diamètres de 0,25 à 0,8 mm sont disponibles. La surface d'impression est un lit en verre dépoli de 210 x 210 x 205 mm, chauffé à 100 °C maximum. Le châssis en aluminium fermé réduit les courants d'air, un point crucial pour les matériaux sensibles comme l'ABS.
Protocole de test et méthodologie
Pour évaluer la machine, nous avons utilisé des filaments standards : PLA de marque générique, ABS Ultimaker et un PETG. Chaque matériau a été imprimé avec les profils recommandés par BCN3D, puis avec des réglages modifiés pour tester les limites. Les pièces de test comprenaient un cube de calibration 20 mm, un pont de 50 mm, un cylindre avec surplombs progressifs et une pièce de flexion pour évaluer l'adhésion intercouches.
Précision dimensionnelle et qualité de surface
Les cubes imprimés en PLA présentent une déviation moyenne de 0,08 mm sur les axes X et Y, et 0,12 mm sur Z. C'est correct pour une machine de cette gamme, mais pas exceptionnel : les imprimantes plus récentes atteignent souvent 0,05 mm. La qualité de surface est lisse sur les faces planes, avec un léger effet d'escalier sur les courbes, typique d'une couche de 0,2 mm. En revanche, la seconde buse, lorsqu'elle est inactive, peut laisser des traces de filament résiduel sur la pièce si la rétraction n'est pas parfaitement réglée. Ce phénomène est atténué par le mode de purge automatique, mais il reste perceptible sur les pièces avec de grandes surfaces planes.
Tests avec différents matériaux
En ABS, le Sigma D25 montre ses forces : l'enceinte fermée maintient une température stable autour de 45 °C, évitant le gauchissement sur les pièces de taille moyenne. L'adhésion au lit en verre dépoli est bonne avec de la laque ou du ruban adhésif. En PLA, la qualité est excellente, mais la vitesse d'impression maximale de 100 mm/s est modeste comparée aux machines actuelles. Le PETG, plus exigeant, nécessite des réglages fins de température et de flux ; nous avons obtenu de bons résultats après quelques essais, mais la rétraction doit être augmentée pour éviter les fils entre les parois.
Double extrusion : avantages et pièges
Le principal atout du Sigma D25 est sa double extrusion indépendante. Elle permet d'imprimer des pièces avec deux matériaux différents, par exemple un PLA pour la structure et un PVA pour les supports solubles. Dans nos tests, la séparation des deux filaments est fiable lorsque la température de la buse inactive est réduite de 20 °C par rapport à la buse active. En revanche, le réglage du décalage entre les buses est critique : une erreur de 0,1 mm se traduit par un décalage visible entre les couleurs. Nous recommandons d'imprimer un motif de calibration avant chaque projet important.
Réglages et paramètres recommandés
- Température buse : 200 °C pour PLA, 245 °C pour ABS, 240 °C pour PETG.
- Température du lit : 60 °C pour PLA, 100 °C pour ABS, 70 °C pour PETG.
- Vitesse d'impression : 50 mm/s pour la précision, 80 mm/s pour un équilibre, 100 mm/s maximum.
- Rétraction : 1,5 mm à 40 mm/s pour PLA, 2 mm à 50 mm/s pour ABS.
- Hauteur de couche : 0,1 mm pour les pièces fines, 0,2 mm pour la plupart des usages, 0,3 mm pour les prototypes rapides.
Entretien et points de vigilance
L'entretien du Sigma D25 est simple mais régulier. La buse de 0,4 mm doit être vérifiée après chaque projet long : un résidu de filament carbonisé peut obstruer l'orifice et dégrader la qualité. L'utilisation d'une aiguille de nettoyage de 0,4 mm est efficace pour déboucher la buse sans démonter le hotend. Le lit en verre doit être nettoyé avec un solvant adapté (alcool isopropylique) pour maintenir l'adhésion. Les courroies doivent être tendues tous les 200 heures d'impression environ, et les rails linéaires lubrifiés avec une graisse PTFE.
Comparaison avec d'autres machines
Face à des concurrents comme l'Ultimaker 3 ou le Raise3D Pro2, le Sigma D25 se positionne sur un créneau intermédiaire. Il est moins cher que l'Ultimaker 3, mais sa vitesse est plus faible et son volume d'impression est plus petit. Le Raise3D Pro2 offre une plus grande surface, mais son calibrage est plus complexe. Le Sigma D25 reste un choix solide pour les utilisateurs qui privilégient la fiabilité de la double extrusion à bas coût, à condition d'accepter ses limites en vitesse et en précision.
Compatibilité et écosystème
Le Sigma D25 accepte les filaments de 2,85 mm, ce qui limite le choix par rapport aux machines 1,75 mm. BCN3D recommande ses propres filaments, mais nous avons testé des marques tierces avec succès, notamment l'ABS Ultimaker en 2,85 mm. La compatibilité avec les slicers est bonne : BCN3D fournit son propre logiciel basé sur Cura, mais le profil peut être exporté vers d'autres outils. Pour les utilisateurs de résine SLA, il est intéressant de noter que les deux technologies se complètent : la FDM pour les pièces fonctionnelles et la SLA pour les détails fins.
Coûts et rentabilité
Le prix du Sigma D25 neuf se situe autour de 2000 €, ce qui est élevé pour une machine de cette génération. Sur le marché de l'occasion, on le trouve entre 800 et 1200 €, ce qui le rend plus attractif. Les pièces détachées (buses, hotend, courroies) sont disponibles et peu coûteuses. Le coût par pièce imprimée dépend du filament : un kilogramme de PLA coûte environ 25 €, tandis que l'ABS est à 30 €. Pour un usage intensif, la machine s'amortit en quelques mois si elle remplace des achats de pièces chez un prestataire.
Limites et points faibles identifiés
Malgré ses qualités, le Sigma D25 présente des défauts. Le premier est le bruit : les moteurs pas à pas émettent un sifflement audible à haute vitesse, ce qui peut être gênant dans un environnement de bureau. Le deuxième est le capteur de fin de filament, qui n'est pas très fiable : il arrive qu'il ne détecte pas une rupture, provoquant une impression à vide. Enfin, l'écran LCD est basique et la navigation dans les menus est lente, surtout pour modifier les paramètres pendant l'impression.
Recommandations d'achat
Le BCN3D Sigma D25 est une machine adaptée aux utilisateurs intermédiaires qui ont déjà une expérience de l'impression 3D. Les débutants risquent d'être frustrés par la complexité du calibrage de la double extrusion. Pour les professionnels, il peut servir de machine de production pour des pièces en petites séries, à condition de maîtriser les réglages. En revanche, si vous cherchez une machine rapide ou une précision sub-0,05 mm, d'autres options plus récentes seront plus appropriées.
Pour aller plus loin sur les consommables compatibles, consultez notre test du filament Ultimaker CPE 750 g qui donne des indications sur les réglages pour les matériaux techniques. Et pour l'entretien de la buse, l'utilisation d'une aiguille de nettoyage 0,4 mm est une méthode simple que nous détaillons dans notre guide de diagnostic de la buse.
En pratique, avant d'investir, vérifiez que votre logiciel de CAO exporte bien des fichiers STL avec une tolérance adaptée (0,01 mm par défaut). Prévoyez également un espace de stockage pour les filaments secs, car l'humidité dégrade la qualité d'impression, surtout avec l'ABS. Si vous optez pour le Sigma D25, commencez par des pièces simples en PLA, puis augmentez progressivement la complexité. Le réglage du décalage des buses est l'étape la plus délicate ; prenez le temps de l'ajuster avec un motif de calibration dédié.