Filament Intamsys EN 95 : test, caractéristiques et compatibilité imprimantes
Le filament Intamsys EN 95 appartient à la gamme de matériaux techniques conçus pour les imprimantes 3D industrielles à haute température. Contrairement aux filaments courants comme le PLA ou l'ABS, l'EN 95 est formulé pour résister à des températures d'utilisation continues supérieures à 150 °C, ce qui le destine aux pièces fonctionnelles soumises à des contraintes thermiques et mécaniques. Intamsys, fabricant chinois spécialisé dans les machines à lit chauffé jusqu'à 200 °C et à chambre fermée, propose ce filament comme une alternative aux polyétheréthercétone (PEEK) et polyétherimide (PEI / ULTEM), avec un coût au kilogramme nettement inférieur.
Caractéristiques techniques et composition
L'EN 95 est un polymère semi-cristallin dont la température de transition vitreuse (Tg) annoncée atteint 180 °C, tandis que sa température de fusion se situe autour de 290 °C. Ces valeurs le placent dans la catégorie des matériaux dits « haute température » aux côtés du PEEK (Tg ~143 °C) et du PEKK (Tg ~160 °C). La densité du filament est d'environ 1,30 g/cm³, comparable à celle du polycarbonate. Le diamètre est standard (1,75 mm ou 2,85 mm selon la référence), avec une tolérance de ±0,05 mm, garantissant un débit constant dans les buses en laiton ou en acier trempé. Le filament est conditionné en bobines de 500 g ou 1 kg, sous vide avec sachet déshydratant, car il est hygroscopique comme la plupart des hauts polymères.
Propriétés mécaniques et thermiques
- Résistance à la traction : 75 MPa (donnée fabricant), soit une valeur proche de celle du PEEK 450G.
- Module de flexion : 2,8 GPa, indiquant une rigidité élevée.
- Allongement à la rupture : 4 %, ce qui confère une faible ductilité ; les pièces sont cassantes sous choc.
- Température de déformation sous charge (HDT) : 170 °C à 1,82 MPa, ce qui autorise une utilisation continue dans des environnements chauds (compartiment moteur, outillage de moulage).
- Résistance chimique : bonne face aux huiles, graisses, solvants aliphatiques et acides dilués ; sensible aux bases fortes et aux cétones.
Paramètres d'impression recommandés
L'impression de l'EN 95 nécessite une imprimante équipée d'une buse pouvant atteindre au moins 300 °C, un lit chauffé à 120-140 °C et une chambre fermée maintenue à 80-100 °C. L'absence de chambre chauffée provoque un délaminage rapide des couches. Le plateau doit être recouvert d'un adhésif haute température (polyimide Kapton ou colle PVA spécifique). La vitesse d'impression est généralement comprise entre 30 et 60 mm/s, avec un refroidissement minimal (ventilateur de pièce à 0-20 %). Un séchage préalable du filament à 80 °C pendant 4 heures est impératif pour éviter les bulles et la perte d'adhésion intercouche.
Tableau récapitulatif des réglages
| Paramètre | Valeur recommandée |
|---|---|
| Température de buse | 280-300 °C |
| Température du lit | 120-140 °C |
| Température de chambre | 80-100 °C |
| Vitesse d'impression | 30-60 mm/s |
| Ventilateur de refroidissement | 0-20 % |
| Adhésion plateau | Kapton + colle haute température |
| Séchage préalable | 80 °C, 4 h |
Compatibilité avec les imprimantes
L'EN 95 est optimisé pour les machines Intamsys Funmat HT et Funmat Pro 410, qui intègrent une buse jusqu'à 450 °C et une chambre chauffée. Il peut également être imprimé sur des modèles comme le Raise3D Pro2 Series, le BCN3D Sigma D25 ou le Zortrax M300 Dual, à condition de disposer d'un hotend adapté (tout métal, buse en acier trempé). Les imprimantes de bureau classiques (Ultimaker, Prusa) ne peuvent pas atteindre les températures nécessaires sans modification lourde. Pour une comparaison avec d'autres filaments techniques destinés à l'outillage, vous pouvez consulter notre test du kit de mise à jour d'extrusion 107, qui détaille les modifications nécessaires pour passer à des matériaux haute température.
Applications typiques
- Outillage de production : gabarits, cales, supports de soudure qui doivent résister à la chaleur.
- Pièces sous capot automobile : connecteurs, boîtiers de capteurs.
- Aéronautique : prototypes de conduits d'air, pièces non structurelles soumises à des cycles thermiques.
- Moulage par injection : inserts pour moulage, noyaux perdus en fonderie.
Post-traitement et finition
Les pièces en EN 95 peuvent être usinées (fraisage, perçage) avec des outils carbure. Le ponçage est possible mais la dureté du matériau rend l'opération longue. L'assemblage par vis autotaraudeuses est déconseillé en raison de la fragilité ; préférez des inserts métalliques montés à chaud. La peinture adhère mal sans primaire époxy. Un recuit à 150 °C pendant 2 heures améliore la cristallinité et la stabilité dimensionnelle, mais peut provoquer un retrait linéaire de 0,3 à 0,5 %.
Comparaison avec d'autres filaments haute température
Le principal avantage de l'EN 95 face au PEEK est son coût : environ 200 €/kg contre 400-600 €/kg pour le PEEK vierge. En revanche, sa température maximale d'utilisation est inférieure d'environ 30 °C. Par rapport au PEKK, les propriétés mécaniques sont similaires, mais l'EN 95 est moins résistant aux chocs. L'ULTEM 1010 (PEI) offre une meilleure résistance chimique mais une température de service plus basse (170 °C). Le filament reste plus accessible que les polyaryléthercétones tout en offrant un bon compromis pour les applications industrielles ne nécessitant pas les performances extrêmes du PEEK.
Avant d'acheter une bobine d'EN 95, vérifiez que votre imprimante peut maintenir une température de chambre d'au moins 80 °C et que votre hotend supporte 300 °C sans risque de dégradation du PTFE. Un kit de mise à jour d'extrusion peut être nécessaire pour les machines conçues pour des températures plus basses.