ColorFabb nGen EN 56 : test technique, paramètres et comparaison avec PLA, ABS et PETG
Le filament ColorFabb nGen, référencé EN 56 dans certaines distributions européennes, est souvent présenté comme une alternative au PLA et à l'ABS. Son comportement réel mérite une analyse technique précise : composé d'un copolyester modifié (souvent identifié comme un PETG amélioré), il se distingue par une température d'impression plus élevée que le PLA et une adhérence inter-couches supérieure à celle de l'ABS, sans nécessiter de plateau chauffant à 100 °C. Cette polyvalence apparente cache des exigences spécifiques en matière de séchage, de vitesse et de réglages de rétraction, que nous avons testées sur plusieurs machines à cadre ouvert et fermé.
Composition et propriétés générales du nGen EN 56
Le nGen de ColorFabb est un copolyester à base de PET, modifié pour améliorer la résistance aux chocs et la stabilité dimensionnelle. Contrairement au PETG standard, il présente une température de transition vitreuse plus élevée (environ 85 °C), ce qui le rend adapté à des applications exposées à la chaleur modérée, comme les boîtiers électroniques ou les pièces sous capot moteur. Sa densité avoisine 1,27 g/cm³, légèrement supérieure à celle du PLA (1,24 g/cm³), ce qui influence le poids final des pièces et la quantité de matière utilisée.
En termes de finition, le nGen offre une surface lisse et légèrement brillante, avec une excellente définition des détails fins. Les couches sont bien fusionnées, ce qui réduit l'effet « escalier » sur les surfaces inclinées. Cette qualité dépend fortement de la température d'extrusion et de la vitesse d'impression, comme nous le détaillons plus bas.
Paramètres d'impression recommandés et testés
ColorFabb recommande une température d'extrusion comprise entre 230 °C et 250 °C, avec un plateau chauffant entre 70 °C et 80 °C. Lors de nos essais sur une imprimante à cadre ouvert, nous avons obtenu les meilleurs résultats à 240 °C pour la buse et 75 °C pour le plateau, avec une première couche à 245 °C et 80 °C. Une température de buse inférieure à 230 °C provoque une sous-extrusion et un aspect terne, tandis qu'au-delà de 250 °C, le filament commence à se dégrader, produisant des pièces fragiles et des résidus dans la buse.
La vitesse d'impression optimale se situe entre 40 et 60 mm/s pour les périmètres, et 30 mm/s pour les premières couches. Au-delà de 60 mm/s, la qualité de surface se dégrade, avec des stries visibles et une adhérence inter-couches réduite. Pour les pièces fonctionnelles, nous recommandons de réduire la vitesse à 40 mm/s et d'augmenter le nombre de périmètres à 4 pour améliorer la résistance mécanique.
Rétraction et ponts
Le nGen étant un copolyester, il a tendance à former des fils (stringing) plus prononcés que le PLA. Sur notre machine à entraînement direct, une rétraction de 1,5 mm à 40 mm/s a donné de bons résultats. Pour les configurations Bowden, il faut augmenter la distance de rétraction à 4-5 mm, mais attention à ne pas dépasser 6 mm, sinon des bouchages peuvent survenir. Pour les ponts, une vitesse de déplacement de 150 mm/s et une température de buse réduite à 235 °C améliorent nettement la qualité.
Adhérence au plateau et méthodes de préparation
L'adhérence du nGen au plateau est généralement bonne, mais elle dépend fortement de la surface utilisée. Sur un plateau en verre avec laque bleue (comme le ruban bleu 48 mm testé sur ce blog), nous avons constaté une excellente tenue dès la première couche, sans warping. Sur un plateau en BuildTak ou en PEI, l'adhérence est également satisfaisante, mais il est conseillé d'appliquer une fine couche de colle ou de laque pour les pièces de grande surface, afin d'éviter un décollement en cours d'impression.
Un point important : le nGen a tendance à adhérer très fortement à certaines surfaces, comme le verre nu. Si vous imprimez directement sur du verre sans revêtement, le retrait de la pièce peut endommager la surface. Nous recommandons d'utiliser un ruban de masquage ou un spray d'adhérence, et de laisser le plateau refroidir complètement avant de retirer la pièce.
Résistance mécanique et comportement en température
Les tests de flexion et de traction sur des éprouvettes imprimées en nGen montrent une résistance supérieure d'environ 20 % à celle du PLA standard, et comparable à celle d'un PETG bien réglé. La résistance aux chocs est nettement meilleure que celle du PLA : une pièce en nGen ne se fracture pas de manière fragile, mais se déforme plastiquement avant rupture. Cela le rend adapté à des pièces soumises à des contraintes mécaniques répétées, comme des charnières, des clips ou des supports.
En ce qui concerne la température, le nGen conserve sa rigidité jusqu'à environ 80 °C, ce qui est un avantage par rapport au PLA (déformation dès 50-60 °C). Cependant, au-delà de 85 °C, il commence à se ramollir progressivement. Pour des applications exposées à plus de 90 °C, il faudra se tourner vers des matériaux comme le polycarbonate ou le nylon, mais pour un usage courant, le nGen offre une bonne marge de sécurité.
Post-traitement et finition
Le nGen se ponce facilement, mais il produit une poussière fine qui peut être irritante ; il est donc conseillé de porter un masque. Le ponçage à l'eau avec du papier abrasif de grain 200 à 400 donne une surface mate agréable. Pour une finition brillante, on peut appliquer une couche de résine ou de vernis acrylique, mais il faut éviter les solvants agressifs comme l'acétone, qui attaquent le matériau. Le nGen peut également être soudé par friction avec un fil de soudure, mais cette opération nécessite une température élevée et un contrôle précis.
Contrairement à l'ABS, le nGen ne nécessite pas de chambre chauffée pour éviter le warping. Cependant, sur les machines à cadre ouvert, il est sensible aux courants d'air : une pièce de grande taille peut présenter un décollement localisé si la température ambiante est inférieure à 18 °C. Dans ce cas, l'utilisation d'un carter ou d'une enceinte simple est recommandée.
Comparaison avec d'autres filaments
| Critère | nGen EN 56 | PLA | ABS | PETG |
|---|---|---|---|---|
| Température d'impression | 230-250 °C | 190-220 °C | 230-250 °C | 230-250 °C |
| Température plateau | 70-80 °C | 50-60 °C | 90-110 °C | 70-80 °C |
| Résistance aux chocs | Élevée | Faible | Moyenne | Élevée |
| Stabilité thermique | ~85 °C | ~55 °C | ~95 °C | ~70 °C |
| Warping | Faible | Très faible | Élevé | Faible |
| Finition de surface | Lisse, brillante | Lisse, mat | Brillante après traitement | Légèrement brillante |
| Post-traitement | Ponçage, vernis | Ponçage, acétone (vapeur) | Acétone (dissolution) | Ponçage |
Comparé au PETG standard, le nGen se distingue par une meilleure stabilité thermique et une adhérence inter-couches légèrement supérieure, mais il est aussi plus sensible à l'humidité. Il est donc impératif de le conserver dans un sac hermétique avec des sachets déshydratants. Un filament humide produit des pièces avec des bulles, des stries et une résistance réduite. Si vous observez ces symptômes, un séchage à 65 °C pendant 4 heures dans un déshydrateur est nécessaire.
Limites et points de vigilance
- Coût : le nGen est plus cher que le PLA et le PETG génériques. Pour des pièces de prototypage rapide, le PLA reste plus économique.
- Sensibilité à l'humidité : comme tous les copolyesters, il absorbe l'humidité. Un stockage inapproprié dégrade rapidement ses propriétés.
Avant de choisir, vérifiez que votre machine peut maintenir une température de buse stable autour de 240 °C et que vous disposez d'un système de séchage adapté. Pour une comparaison détaillée des deux options, vous pouvez consulter notre article sur Zortrax Z-ABS vs résines SLA, qui aborde des critères similaires pour les pièces fonctionnelles.