EN 23 : buses, plateaux et filaments – le guide complet de l’optimisation
La polyvalence de l'imprimante 3D EN 23 tient moins à son châssis qu'à la façon dont on l'équipe et on la règle. Les tests le confirment : le même modèle peut produire des résultats très différents selon la buse, le plateau, le filament et les paramètres de tranchage. Ce n'est pas un défaut, mais une flexibilité que peu d'utilisateurs exploitent pleinement.
Choix de la buse et impact sur la précision
La buse livrée avec l'EN 23 est en laiton, diamètre 0,4 mm, adaptée à la plupart des filaments standards. Pour travailler des matériaux chargés (bois, carbone, métal) ou des filaments souples comme le TPU, il est judicieux de passer à une buse en acier trempé ou en rubis, plus résistante à l'abrasion. Le changement de diamètre modifie aussi le temps d'impression et la qualité : une buse 0,2 mm affine les détails mais multiplie les couches ; une buse 0,6 mm ou 0,8 mm accélère le remplissage pour des pièces fonctionnelles où la finition importe moins.
Un réglage souvent négligé est la température du bloc chauffant. Avec une buse de plus gros diamètre, le débit de matière augmente, ce qui exige une température légèrement plus élevée pour maintenir une fluidité homogène. À l'inverse, une buse fine demande une température plus basse pour éviter les bavures. Ces adaptations ne sont pas documentées dans le manuel de l'EN 23, mais elles se vérifient en pratique.
Plateau d'impression et adhérence
Le plateau d'origine de l'EN 23 est en verre avec revêtement PEI. Il fonctionne bien avec le PLA et le PETG, mais pose problème avec l'ABS, le polycarbonate ou le nylon qui nécessitent une chambre chauffée et une surface spécifique. Pour ces matériaux, un plateau en alu anodisé recouvert de ruban Kapton ou de colle spéciale améliore l'accroche. L'utilisation d'un adhésif temporaire (spray d'impression ou stick) reste une solution rapide, mais elle affecte la répétabilité des impressions.
Pour les pièces soumises à des contraintes mécaniques, le support EN 150 – un accessoire qui rigidifie le châssis – réduit les vibrations parasites et améliore la constance des premières couches. Ce support rigide est particulièrement utile quand on imprime des filaments exigeants comme l'ABS ou le polycarbonate, car il stabilise l'axe Z sur toute la hauteur.
Matériaux avancés et paramètres
L'EN 23 peut imprimer une large gamme de thermoplastiques, à condition d'ajuster la température de la buse, du plateau et, si disponible, de l'enceinte. Le tableau ci-dessous résume les réglages de base pour quatre matériaux courants hors PLA :
| Matériau | Temp. buse (°C) | Temp. plateau (°C) | Particularités |
|---|---|---|---|
| ABS | 230–250 | 90–110 | Nécessite enceinte close, risque de warping élevé |
| PETG | 220–250 | 70–80 | Adhésion forte, éviter le refroidissement brusque |
| Nylon (PA) | 240–270 | 70–90 | Très hygroscopique, séchage obligatoire avant impression |
| Polycarbonate (PC) | 260–310 | 100–130 | Chambre chauffée ≥60°C recommandée |
Pour l'ABS, des tests précis ont été réalisés et sont détaillés dans notre article dédié aux paramètres et conseils d'impression sur châssis EN. Les utilisateurs qui travaillent le polycarbonate peuvent consulter le test de l'EN 152 PC, une machine spécialisée, mais les réglages de température restent transposables.
Les filaments techniques comme les composites renforcés de fibres continues nécessitent un équipement spécifique. À ce titre, l'EN 23 n'est pas conçue pour la fibre continue, contrairement à des machines comme l'Anisoprint EN 103, dédiée aux bureaux d'études. Pour des pièces fonctionnelles sans fibre, le CPE et le PETG offrent un bon compromis.
Post-traitement : diversité des méthodes
La diversité des matériaux implique une diversité des techniques de finition. Pour les pièces en ABS, un traitement à l'acétone (lissage chimique) donne un aspect brillant tout en améliorant l'étanchéité. Pour le PETG, le ponçage humide suivi d'un polissage est plus efficace qu'un traitement solvant. Les résines SLA ne sont pas concernées ici, mais notre comparatif PLA vs résine SLA montre que le choix du matériau influe directement sur les étapes de post-traitement.
Un point souvent ignoré est la gestion des supports : l'EN 23 génère des supports amovibles, mais leur retrait laisse des marques. L'utilisation d'un interfacage avec des couches de séparation (par exemple en HIPS soluble dans le limonène) simplifie le travail. Le limonène dissout le HIPS sans attaquer l'ABS, ce qui permet un support net.
Pièces détachées et améliorations
Le marché propose de nombreuses pièces de rechange pour l'EN 23 : buses, blocs chauffants, courroies, roulements, carters d'extrudeuse. Toutes ne sont pas compatibles, notamment les cartes électroniques qui ont évolué au fil des séries. Pour le remplacement d'un hotend, il faut vérifier la puissance de la cartouche chauffante (40 W d'origine) et le type de thermistance (NTC 100K ou PT100).
Un upgrade fréquent est l'ajout d'un ventilateur de refroidissement radial pour les ponts en PLA. Le kit d'origine de l'EN 23 ne comprend qu'un ventilateur axial, ce qui limite la qualité des surplombs. L'installation d'un ventilateur radial 5015 avec un duct imprimé en PETG améliore nettement les résultats.
Pour les impressions en matériaux haute température, le remplacement du lit en verre par un lit en alu avec revêtement en silicone ou PEI augmente la transmission thermique. Attention : le capteur de nivellement de l'EN 23 (BLTouch ou inductif selon la version) doit être recalibré après tout changement de plateau, car la hauteur du point de déclenchement varie.
Calibrage et profils
La diversité des paramètres ne sert à rien sans un calibrage rigoureux. Le réglage de l'offset Z, la vérification du flux (extrusion multiplier) et la mesure de l'avance (linear advance) sont essentiels pour passer d'un matériau à l'autre sans défaut. Le firmware de l'EN 23 supporte ces fonctions, mais la plupart des utilisateurs ne les activent pas. Un simple test de tour de rétraction permet de trouver la valeur optimale pour chaque filament.
Notre test du filament EN 151 ESD, qui détaille les réglages pour ce matériau antistatique, illustre l'importance d'adapter les paramètres même pour un même type de thermoplastique. La variation de la viscosité entre lots oblige à refaire le calibrage après chaque changement de bobine.
Limites et points de vigilance
L'EN 23 n'est pas une machine fermée. L'absence d'enceinte isolée limite l'impression de matériaux sensibles aux courants d'air. Pour l'ABS, le nylon ou le PC, il faut soit ajouter un caisson fait maison, soit tolérer une qualité moindre sur les pièces hautes. Le châssis métallique est rigide, mais des vibrations apparaissent à haute vitesse (au-delà de 80 mm/s).
Un autre point est la compatibilité des bobines : le support de filament d'origine accepte des bobines jusqu'à 2 kg, mais les grosses bobines (3 kg ou plus) peuvent déséquilibrer l'axe de dévidement. Un dérouleur externe est alors recommandé.
Enfin, le ventilateur d'alimentation de l'électronique est assez bruyant (30 dBA environ). Ce n'est pas un problème technique, mais cela peut déranger dans un environnement de bureau. Un ventilateur noctua silencieux est une modification simple.
Pour un usage intensif, le remplacement des roulements de l'axe X par des roulements à billes renforcés prolonge la durée de vie. La même approche vaut pour les courroies GT2 qui s'étirent avec le temps. Un contrôle trimestriel de la tension des courroies est une habitude à adopter.
La diversité des options offertes par l'EN 23 en fait une plateforme adaptable, mais sa maîtrise demande une compréhension fine des interactions entre composants. Chaque modification doit être validée par un test d'impression, car une amélioration sur un matériau peut dégrader les performances sur un autre.