Test de l’Intamsys EN 19 : l’imprimante 3D haute température pour PEEK et PEKK
L'Intamsys EN 19 est une imprimante 3D conçue pour les thermoplastiques semi-cristallins, avec un environnement d'impression entièrement contrôlé. Contrairement aux modèles de bureau classiques, elle intègre une chambre chauffée active, une buse capable de monter à 450 °C et un lit jusqu'à 160 °C. Elle est donc destinée aux pièces techniques en PEEK, PEKK, ULTEM ou PPSU. Ses dimensions de fabrication – 260 × 260 × 280 mm – offrent un volume utile pour des prototypes fonctionnels ou des petites séries sans nécessiter de post-traitement complexe.

Spécifications techniques et conception
Le châssis de l'EN 19 est en aluminium usiné, avec une structure fermée qui limite les pertes thermiques et protège l'opérateur. La tête d'impression utilise un système de refroidissement par eau pour le dissipateur, ce qui permet de maintenir des températures élevées sans dégrader les composants mécaniques. Le plateau, en verre enduit d'un adhésif haute température, assure une adhérence suffisante pour les matériaux cristallins sans avoir recours à des colles spécifiques.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Volume d'impression | 260 × 260 × 280 mm |
| Température buse max. | 450 °C |
| Température plateau max. | 160 °C |
| Température chambre max. | 90 °C |
| Extrudeuse | Monobuse à engrenages en acier |
| Diamètre de buse | 0,4 mm (compatible 0,6 et 0,8 mm) |
| Calibration | Automatique par palpeur capacitif |
| Poids | 45 kg |
La gestion thermique est assurée par un boîtier de contrôle PID qui réduit les fluctuations à ±1 °C, même lors des changements de couche rapides. L'écran tactile couleur de 7 pouces permet de surveiller les courbes de température en temps réel. Le firmware est une version modifiée de Marlin, optimisée pour les hautes températures et les longues impressions.
Matériaux compatibles et paramètres d'impression
L'EN 19 peut imprimer la quasi-totalité des thermoplastiques haute performance. Dans nos essais, le PEEK 450G a donné les meilleurs résultats pour des pièces mécaniques : résistance thermique jusqu'à 250 °C, bonne résistance chimique et faible absorption d'humidité. Pour le PEKK, un refroidissement contrôlé de la chambre s'est avéré crucial pour éviter la délamination. Les matériaux amorphes comme l'ULTEM 1010 nécessitent une température de chambre plus élevée (autour de 80 °C) pour limiter le gauchissement.
Comme nous l'avons observé dans notre test du filament EN 129, les paramètres d'impression (vitesse, rétraction, hauteur de couche) influencent fortement la qualité finale. Sur l'EN 19, nous recommandons une vitesse de 20 à 40 mm/s pour les matériaux cristallins, avec une rétraction de 1 mm à 30 mm/s pour éviter le filage. La hauteur de couche standard de 0,15 mm offre un bon équilibre entre rapidité et finition.
Tests d'impression : précision et adhésion
Nous avons imprimé une série de pièces de test normalisées (cubes, barres de traction, éléments de support) pour évaluer la répétabilité. Les écarts dimensionnels mesurés au palmer étaient inférieurs à 50 µm sur les trois axes, ce qui place cette machine dans la catégorie des solutions semi-professionnelles fiables. L'adhésion sur le plateau verre a été parfaite avec une fine couche de colle Kapton, mais le fabricant précise qu'un adhésif PVP peut être utilisé pour les matériaux les plus exigeants.
La gestion des supports mérite une mention : le logiciel IdeaMaker (fourni avec la machine) permet d'ajouter des supports en matériau soluble (BVOH) via la buse unique, ce qui simplifie le post-traitement des pièces complexes. En pratique, la température de la chambre doit être abaissée à 60 °C lors de l'impression des supports pour éviter la fusion du BVOH.

Avantages et limites
- Chambre chauffée haute température : indispensable pour les semi-cristallins, elle garantit une cristallisation homogène et une résistance mécanique optimale.
- Refroidissement liquide : la buse reste stable même après 24 h d'impression à 400 °C.
- Calibration automatique : gagne du temps et réduit les échecs liés à une première couche imparfaite.
- Logiciel IdeaMaker : profils prédéfinis pour les principaux matériaux haute température, facile à paramétrer.
- Limitation : le volume d'impression reste modeste pour des pièces de série ; les grands objets devront être segmentés.
- Limitation : le prix (environ 8 000 €) le place hors de portée des amateurs, mais il reste compétitif face aux solutions industrielles (Stratasys, 3D Systems).
- Limitation : la consommation électrique atteint 1,5 kW en régime de chauffe, nécessitant une prise dédiée.
Conseils d'utilisation
L'impression haute température impose des règles strictes. L'humidité est l'ennemi numéro un : les filaments PEEK et PEKK sont très hygroscopiques. L'importance du séchage a été détaillée dans notre guide EN 135 sur l'humidité et l'impression 3D. Nous conseillons un séchage à 120 °C pendant 6 h minimum avant toute impression, puis un stockage sous vide avec du gel de silice.
L'étalonnage du flux de matière est également critique : une sous-extrusion de 2 % peut compromettre la résistance d'une pièce en PEEK. Utilisez la fonction de débit variable dans IdeaMaker après avoir imprimé un cube de calibration. Enfin, la ventilation de la pièce doit être efficace : les fumées dégagées par le PEEK chaud contiennent des composés organiques volatils ; un système de filtration HEPA/charbon est vivement recommandé.
Avant de lancer une impression de pièce en PEEK, nous recommandons de sécher le filament à 120 °C pendant au moins quatre heures dans une étuve, puis de lancer une purge complète de la buse avec un filament de nettoyage (par exemple le Nylon Cleaning Filament) pour éliminer toute trace d'ancien matériau. Cette simple étape réduit considérablement les risques d'obstruction et garantit une première couche uniforme.