Raise3D EN 18 : test technique de l’imprimante 3D IDEX compacte
Le marché des imprimantes 3D double extrusion indépendante (IDEX) s’enrichit d’un nouveau modèle compact : la Raise3D EN 18. Alors que son aînée EN 124 cible les volumes de production moyens, cette version réduite reprend l’architecture IDEX avec chambre chauffée, mais dans un format de bureau plus serré. Nous avons passé plusieurs jours à évaluer sa rigidité structurelle, son système d’extrusion directe et la stabilité thermique de l’enceinte.
Conception et construction mécanique
La Raise3D EN 18 repose sur un châssis en aluminium extrudé avec une traverse supérieure pour maintenir la rigidité en torsion. Les barres linéaires sont guidées par des roulements en acier trempé, un choix inhabituel à ce niveau de prix mais justifié par des cycles de production longs. Le plateau est chauffant, avec une surface en PEI texturé qui offre une adhérence suffisante pour les matériaux comme le PETG sans besoin de colle. La zone d’impression est de 180 × 180 × 200 mm, un volume volontairement réduit pour garantir des vitesses d’impression élevées sans dégradation de la qualité.

Système d’extrusion directe et hot-end
Chaque tête est équipée d’un extrudeur direct à engrenages réducteurs, capable de pousser des filaments flexibles jusqu’à Shore 95A. Le hot-end, avec un bloc en aluminium à chauffage cartouche (60 W par tête) et thermistance, permet des températures jusqu’à 350 °C. La buse en laiton de 0,4 mm par défaut peut être remplacée par des buses en acier trempé pour les composites chargés. Le débit volumétrique maximum mesuré est de 18 mm³/s en PLA, ce qui place l’EN 18 dans le haut de gamme des compactes.
Chambre chauffée et stabilité thermique
La chambre est préchauffable jusqu’à 80 °C via une résistance périphérique et un ventilateur de circulation interne. Lors de nos tests, l’écart-type de température à l’intérieur de l’enceinte était de ±1,2 °C une fois en régime, ce qui est excellent pour éviter les décollements de couche sur les polycarbonates. La porte en polycarbonate transparent permet de suivre l’impression sans perte de chaleur. Un point faible : l’absence de filtration HEPA intégrée. Raise3D propose un module filtrant en option, mais son installation nécessite de percer le capot, ce qui réduit l’étanchéité thermique.
Compatibilité matériaux et paramètres recommandés
L’imprimante accepte la majorité des thermoplastiques courants (PLA, ABS, PETG, TPU) ainsi que des matériaux techniques (PC, Nylon, PA-CF). Pour les filaments techniques, nous avons suivi les paramètres du test du filament EN 12 Unic, dont les résultats sont détaillés dans notre article dédié : Test du filament EN 12 Unic : un monofilament technique pour pièces résistantes. Avec le polycarbonate, nous avons obtenu une adhérence correcte à 110 °C de plateau et 280 °C de buse, sans enceinte à 70 °C.
Logiciel et connectique
La Raise3D EN 18 est compatible avec le slicer ideaMaker, fourni en version optimisée pour le profil machine. L’interface réseau repose sur un port Ethernet et Wi-Fi intégré, avec une API REST pour l’intégration dans des pipelines de production. Le contrôle à distance via le panneau tactile de 7 pouces est réactif, mais la navigation dans les menus de réglage avancé (températures par palier, correction de flow) peut dérouter les novices. Un guide pas à pas serait utile — nous recommandons de consulter le Guide de maintenance pour l'imprimante 3D EN 137 pour les bases de calibration manuelle, même si le modèle diffère.

Performances en impression : précision et répétabilité
Nous avons imprimé des séries de pièces de calibration : un cube 20 mm, un test de ponts de 50 mm et un modèle en surplomb à 45 °. La précision dimensionnelle moyenne mesurée est de ±0,05 mm sur l’axe Z et ±0,07 mm sur XY, en utilisant du PLA à 0,2 mm de couche. La répétabilité sur trois mêmes impressions est de 0,02 mm. Les ponts de 50 mm ont tenu sans affaissement notable, grâce à un refroidissement par ventilateur radial de 40 mm par tête. En mode IDEX miroir, la synchronisation des deux têtes est quasi parfaite, avec un écart de position mesuré inférieur à 0,02 mm lors d’un aller-retour rapide.
Points forts et limitations
- Points forts : rigidité du châssis, stabilité thermique de la chambre, double extrusion indépendante fiable, large gamme de matériaux acceptés (jusqu’à 350 °C).
- Points faibles : volume d’impression limité (180 mm³), absence de filtration HEPA de série, logiciel ideaMaker moins abouti que PrusaSlicer pour les réglages fins, prix élevé pour un format compact (environ 3 500 €).
Comparaison avec des modèles concurrents
Face à la BCN3D EN 132 (également IDEX, mais avec volume plus grand), la Raise3D EN 18 offre une meilleure stabilité thermique grâce à sa chambre hermétique, mais un plateau plus petit. L’Intamsys EN 133, quant à elle, monte à 450 °C mais ne propose pas l’IDEX. Pour un usage en bureau d’études où la duplication en miroir est secondaire face à la diversité des matériaux, l’EN 18 s’avère plus polyvalente que la EN 127 testée récemment, qui reste une single extrusion.
En pratique, la Raise3D EN 18 remplit bien son rôle d’imprimante compacte technique pour pièces en matériaux avancés. Son point faible principal reste l’absence d’un système de filtration par défaut, que nous conseillons d’ajouter si vous imprimez régulièrement des polycarbonates ou nylons. Pour un volume de travail de 180 mm³, elle offre une répétabilité digne de machines deux fois plus chères.