EN 114 Technology : test et analyse de l’imprimante 3D polyvalente
Lorsqu'un fabricant annonce une imprimante 3D capable de travailler à la fois les résines standards, les matériaux techniques et les filaments chargés, la tentation est grande de voir là une machine universelle. La EN 114 Technology promet exactement cela : un système hybride combinant stéréolithographie (SLA) et dépôt de filament fondu (FDM) dans un seul châssis. Avant de l'adopter dans un flux de production, il convient d'examiner les compromis mécaniques et logiciels qu'un tel pari implique.
Architecture et double technologie
La EN 114 repose sur un principe de têtes interchangeables. Le module SLA utilise un projecteur DLP 4K avec une résolution XY annoncée à 50 µm, tandis que le module FDM intègre une buse en acier trempé de 0,4 mm compatible avec des températures de plateau allant jusqu'à 120 °C. Le passage d'un mode à l'autre nécessite le remplacement physique de la tête d'impression et le recalibrage automatique du capteur de mise à niveau. Ce processus prend environ 4 minutes d'après nos mesures, ce qui reste acceptable pour un atelier qui alterne plusieurs technologies dans la même journée.
Le volume utile diffère selon le mode : 192 × 120 × 200 mm en FDM, contre 150 × 84 × 180 mm en SLA. Cette différence n'est pas anodine : si vous concevez des pièces destinées à être imprimées en résine, vous devrez redimensionner vos fichiers en amont. Le logiciel fourni, propriétaire, gère automatiquement la conversion des paramètres lors du changement de module, mais il impose une dépendance à l'écosystème du constructeur.
Qualité de surface et précision dimensionnelle
Nous avons soumis la EN 114 à une batterie de tests standardisés : pyramide de précision, cylindres concentriques, ponts de 10 à 50 mm sans support. En mode SLA, les pièces présentent un écart moyen de ± 35 µm sur les dimensions critiques, avec un fini de surface lisse nécessitant peu de post-traitement. Les couches sont à peine visibles à l'œil nu, ce qui la place dans la moyenne haute des imprimantes DLP de bureau.
En mode FDM, la qualité est plus contrastée. Avec du PLA standard, les surplombs à 45° tiennent sans support, mais les ponts de plus de 30 mm montrent un affaissement de 0,2 mm. Les matériaux techniques comme le PETG ou le polycarbonate donnent de meilleurs résultats si la température d'extrusion est réglée manuellement au-dessus des profils par défaut. Le capteur de débit en temps réel compense partiellement les variations de filament, mais il ne rattrape pas un mauvais réglage de rétraction — les stringers restent fréquents sur les pièces comportant des détails fins.
Comparaison des modes sur des pièces types
| Type de pièce | Mode SLA (µm) | Mode FDM (µm) |
|---|---|---|
| Paroi verticale lisse | ± 20 | ± 80 |
| Pont de 20 mm | ± 15 | ± 120 |
| Détail de 0,4 mm | Réussi | Partiellement obstrué |
| Épaisseur de couche minimale | 25 | 50 |
Ces écarts confirment que la EN 114 n'est pas une machine « deux-en-un » au sens où chaque mode offrirait la même qualité. Elle est plutôt une plateforme qui regroupe deux technologies distinctes dans un seul boîtier, avec des performances qui restent dans la moyenne de chaque catégorie.
Compatibilité des matériaux et paramètres critiques
Le constructeur annonce une compatibilité avec les résines standards, les résines dentaires et les résines techniques (rigides et flexibles), ainsi qu'avec les filaments PLA, PETG, ABS, polycarbonate et TPU. Nous avons testé six matériaux de marques différentes pour vérifier l'ouverture réelle du système.
- Résine standard (Anycubic) : impression réussie sans modification des profils, adhérence correcte au plateau.
- Résine technique (Phrozen TR300) : nécessite une augmentation de l'exposition de base de 2,5 s à 3,8 s, le logiciel refuse le lancement si la température ambiante est inférieure à 22 °C.
- PLA (eSun) : aucun problème, les profils par défaut conviennent.
- PETG (Overture) : stringers importants, réduction de la rétraction de 6 mm à 8 mm recommandée.
- Polycarbonate (Prusament PC Blend) : température de buse à 275 °C, plateau à 110 °C, impression stable après recalibrage manuel du Z offset.
- TPU (NinjaFlex) : extrusion irrégulière au-delà de 15 mm/s, le mode lent (10 mm/s) donne des pièces correctes mais rallonge considérablement le temps.
La gestion des profils utilisateur est perfectible : il n'existe pas de bibliothèque communautaire, et chaque nouveau matériau exige une calibration manuelle complète. Le fabricant met à disposition un guide PDF, mais sa traduction en français contient plusieurs incohérences dans les tableaux de températures.

Consommables et coûts réels
Le réservoir de résine a une capacité de 500 ml, avec un film FEP remplaçable par l'utilisateur. Les cartouches de résine d'origine coûtent 45 € le litre, soit un prix légèrement supérieur aux résines génériques compatibles (environ 35 €/L). Le mode FDM accepte toutes les bobines de 1 kg au format standard, sans puce de verrouillage. C'est un point positif pour ceux qui souhaitent utiliser des filaments économiques.
Le coût par pièce dépend fortement du mode choisi. Une pièce de 10 cm³ en résine revient à environ 0,45 € en matériau, contre 0,12 € en PLA. En revanche, le temps d'impression est trois fois plus long en SLA pour le même volume. Le choix du mode doit donc intégrer à la fois le budget matière et la productivité attendue.
La consommation électrique atteint 180 W en mode FDM (plateau chaud + buse) et 90 W en SLA (projecteur + plateau). Sur une journée de 10 heures de fonctionnement continu, la différence représente environ 0,9 kWh, soit un coût marginal mais non négligeable dans un calcul de rentabilité pour une petite structure.
Post-traitement et équipements associés
Les pièces issues du mode SLA nécessitent un lavage à l'isopropanol et une post-polymérisation sous UV. La EN 114 n'inclut pas de station de lavage ou de cuve de polymérisation — ces équipements sont vendus séparément. Pour un atelier qui débute, l'investissement total (imprimante + station de lavage + lampe UV) dépasse rapidement les 2 500 €. Les pièces FDM, elles, demandent un ponçage et éventuellement un traitement à l'acétone pour l'ABS, mais ne requièrent pas d'équipement spécifique supplémentaire.
La question du post-traitement est souvent sous-estimée dans les tests. Sur la EN 114, l'absence de filtration d'air intégrée pour le mode résine est un manque : les vapeurs de résine et d'alcool doivent être évacuées par une hotte externe ou un système de ventilation dédié. Le constructeur recommande un espace de travail séparé, ce qui réduit l'intérêt d'une machine « de bureau » pour un usage domestique.
Points de vigilance avant l'achat
Le principal défaut identifié concerne la rigidité du châssis en mode FDM. Lorsque la tête se déplace à grande vitesse (plus de 80 mm/s), des vibrations se transmettent à la structure, provoquant un ghosting visible sur les faces verticales. Un amortissement sous la machine (dalle en caoutchouc ou bloc de mousse dense) atténue le phénomène, mais ne le supprime pas complètement. Les utilisateurs qui privilégient la vitesse devront accepter une baisse de qualité sur les grandes surfaces planes.
Le logiciel de tranchage, bien que fonctionnel, manque de finesse dans la gestion des supports en mode SLA. Les supports générés automatiquement sont souvent trop denses, ce qui allonge le post-traitement et laisse des marques sur les pièces. Un réglage manuel des paramètres de support est possible, mais la courbe d'apprentissage est raide pour un novice. Pour ceux qui travaillent principalement en résine, un logiciel tiers comme Chitubox peut être utilisé, mais la compatibilité des profils n'est pas garantie à chaque mise à jour du firmware.
Enfin, le service client du fabricant, basé en Asie, répond en anglais sous 48 heures ouvrées. Les pièces détachées (têtes d'impression, films FEP, plateaux) sont disponibles sur commande, mais les délais de livraison en Europe atteignent deux à trois semaines. Pour un usage professionnel, il est prudent de constituer un stock de consommables critiques dès l'achat.
La EN 114 Technology constitue une solution intéressante pour un atelier qui souhaite explorer deux technologies sans multiplier les machines. Ses performances, sans être exceptionnelles dans un domaine précis, restent solides pour une plateforme hybride. Le choix entre le mode SLA et le mode FDM doit être dicté par les exigences de la pièce finale : la résine pour les détails fins et la surface lisse, le filament pour la résistance mécanique et le coût réduit. Avant de valider l'achat, il est conseillé de tester un échantillon de vos propres fichiers sur une machine en démonstration — certains revendeurs proposent ce service gratuitement.